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Sommaire de ce chapitre

 

La musique hindustani

Le Dhrupad

Le Khyāl

Les bhajans

Le ghazal

Le thumrī

Grands interprètes hindustani

La musique carnatique

Styles

Instrumentation

Grands interprètes carnatiques

Annexe : Le khyāl

 

 

 

La musique hindustani

 

 

La musique hindustani peut-être vocale (Bandiśa) ou instrumentale (Gata).

Il existe quatre formes principales de musique vocale, dont les deux premières ont également une version instrumentale. : Le dhrupad, le khyāl, le ghazal et le bhajan.

 

 

 

Le dhrupad

Le dhrupad est la plus ancienne forme de musique vocale indienne.

Issu d’anciennes compositions musicales dont les textes poétiques étaient écrits en sanskrit, le genre dhrupad est né au 15e siècle à la cour du raja Man Singh Tomar (1486-1511) souverain de Gwalior. Afin de créer un style populaire, le contenu poétique des chants dhrupad était composé en langue vernaculaire.

Le dhrupad a été pratiqué dans les temples dès le 16e siècle.

Ce style s'est perpétué jusqu'à nos jours par l’intermédiaire de dynasties musicales, et particulièrement grâce à la tradition Dagarvani de la dynastie Dagar, qui a maintenu le style dhrupad dans sa pureté originelle durant dix-neuf générations.

 

Un concert Dhrupad se divise en deux parties de durées inégales :

  • La première partie est un ālāp sans rythme fixe et sans paroles. C’est la phase d'improvisation durant laquelle le chanteur développe chaque note d'un rāga.

  • La deuxième partie, plus brève, est le poème chanté dans une forme rythmique scandée par le tambour pakhawaj, dans un tempo d’abord lent puis graduellement accéléré. Le poème chanté est parfois divisé en quatre parties appelées Sthāyī (exposition principale), Antarā (expansion vers l’aigu), Sañcārī (développement) et Ābhoga (conclusion), centrées sur différentes parties de la gamme de mode (Thāat).

Le chanteur et le percussionniste font chacun leurs variations et improvisations puis se retrouvent sur le premier battement de la mesure.

 

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Raag Bhoop, Dhrupad par Uday Bhawalkar

 

Une version instrumentale de dhrupad :

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Rāga Bhairavi par Bahauddin Dagar

 

 

Bien que l’avènement du genre khyāl dans la seconde moitié du 18e siècle et son succès croissant aient considérablement affaibli le dhrupad, ce dernier est toujours regardé comme l’expression la plus épurée du rāga.

 

 

 

Le khyāl

Le Khyāl, qui a succédé à la tradition Dhrupad, signifie littéralement « Imagination ».

La légende veut qu’il ait été inventé par Amir Khusrau au 13e/14e siècle, mais il n’a gagné estime et popularité qu’à partir du 18e siècle, pour devenir dans le courant du 19e siècle, la forme majeure de la musique vocale hindustani.

Là où le dhrupad privilégie gravité, rigueur rythmique et intériorité méditative, le khyāl s’oriente vers une esthétique plus lyrique et riche en improvisation. Il met en avant le pouvoir émotionnel de la voix et la créativité de l’interprète.

Le khyāl est fondé sur l’interprétation d’un rāga, structure mélodique associée à une humeur, un moment du jour et un ensemble de règles, associé à un tāla, cycle rythmique régulier (ex. : tīntāl, ektāl, jhaptāl).

Il repose sur un répertoire de chants courts (de deux à huit vers) appelés bandish. Ces compositions abordent des thèmes variés, souvent dédiés à l’amour, divin ou humain.

 

Styles

Les styles d’interprétation, qui étaient appelés Vani dans le cas du dhrupad, sont désignés par le terme de gharānā dans le cas du khyāl. Les gharānās sont des centres ou familles de musiciens dévoués à un style unique. Selon Ravi Shankar, les gharānās de khyāl les plus réputées sont celles de Gwalior, Jaipur, Atrauli, Patiala, Kirana et Agra.

Voir plus sur les gharānās en Annexe.

 

L’improvisation

L’improvisation est au cœur du khyāl, mais elle s’inscrit dans des cadres strictement établis. Comme les compositions (bandish) sont très courtes et que les exécutions peuvent dépasser la demi-heure, voire l'heure, l'improvisation constitue la plus grande partie de l'interprétation.

Les principales formes d’improvisation sont :

  • L'ālāp est une forme d'improvisation utilisée pour introduire progressivement et systématiquement les caractéristiques d'un rāga. Il peut être chanté sur le texte du bandish sous forme métrique, auquel cas on l'appelle bolālāp. Le nom-tom alap consiste à utiliser les syllabes mnésiques “nom”, “tom”, “na”, “re”, “te”, “ri”, etc. et est normalement utilisé dans le genre dhrupad, mais peut l’être aussi dans le khyāl.

  • Le bolbant désigne des variations rythmiques sophistiquées sur le texte bandish.

  • Le sargam : Les passages de sargam sont ceux qui énoncent les syllabes correspondant aux hauteurs de son (Sa Re Ga Ma Pa Dha Ni) au fur et à mesure du chant.

  • Les tāns sont des figures mélodiques rapides et virtuoses, chantées sur une voyelle, généralement « ā ». Lorsque les tāns sont chantés sur les syllabes du texte bandish, ils sont appelés boltans.

Chaque improvisation doit respecter la grammaire du rāga : notes ascendantes, descendantes, notes interdites, repos privilégiés, gamme émotionnelle.

 

L’exécution :

Le khyāl est généralement chanté en solo, mais deux solistes peuvent se produire ensemble en se partageant l'improvisation. Le soliste est accompagné par :

  • Le tablā qui dialogue avec le chanteur, souligne ses accents, propose des réponses rythmiques,

  • Un instrument mélodique qui peut être un harmonium ou un instrument à cordes tel que le sarangi ou le dilruba.

  • Un tanpūrā jouant un bourdon continu pour établir la tonalité et l’atmosphère du rāga.

 

Un concert de khyāl comporte généralement deux grandes sections : le baŗā khyāl (grand khyāl), qui se développe en tempo lent (appelé vilambit), suivi du choṭā khyāl (petit khyāl) qui lui succède en tempo moyen (appelé madhya) ou rapide (appelé drut).

  • Baŗā khyāl (tempo lent) – La première partie constitue la majeure partie du concert, pouvant durer une demi-heure à 1h15. Exécutée sur un bandish lent, elle sert à installer l’atmosphère du rāga. Le chanteur explore longuement les notes et les phrases caractéristiques à travers divers procédés : alap, bolalap, sargam, taan lentes ou modulées. Cette section privilégie la méditation, la subtilité et la liberté expressive.

  • Choṭā khyāl (tempo rapide) – La seconde partie, plus vive, repose elle aussi sur un bandish, mais en tempo rapide. Elle met l’accent sur la virtuosité : tān rapides, passages ascendants et descendants, variations rythmiques complexes (bolbant). L’énergie augmente, conduisant souvent à une conclusion brillante.

Les tāls les plus couramment utilisés dans le khyāl sont tīntāl, ektāl et jhumra.

Tandis que le baŗā khyāl est souvent présenté dans le cycle de douze temps ektāl, le choṭā khyāl est souvent en tīntāl, un cycle de seize temps.

 

Le khyāl existe aussi dans une version instrumentale de structure légèrement différente, conservant notamment un ālāp similaire au genre dhrupad, joué sans percussions.

 

Lakshmi Shankar : Khyāl Rāga Dhani

Issu du thaat Asavari, le rāga Dhani, rāga de l’après-midi, crée un sentiment joyeux.

 

Tāla : Jhaptal (10 temps)

Bandish :

Shyama n’est pas encore venu

Il y a longtemps qu’il est parti

Une longue nuit s’est écoulée

Sois calme, O mon cœur plein d’espoir.

 

 

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Rāga Puriya Kalyan par Kaushiki Chakraborty (chant)

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Rāga Bageshri par Manjusha Kulkarni-Patil

 

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Rāga Yaman par Ustad Rashid Khan

 

 

Deux grands maîtres des vocalises :

 

Pandit Jasra
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Kishori Amonkar
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Le Tarana

Le Tarana est une composition rapide que l’on chante à la fin d’un Khyāl. C’est un style de chant rythmique, vif et léger, dans lequel les paroles sont remplacées par les syllabes (bol) employées pour représenter les différentes façons de frapper les percussions, ou encore des syllabes conventionnelles dépourvues de sens (yala, nom, tom, non, dani, etc.).

 

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Tarana dans rāga Hansadhwani

 

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Ustad Rashid Khan : Tarana dans Raag Des

 

 

Voir plus de détails sur les khyāls en annexe

 

 

 

Les bhajans : « les chants de l'âme »

Les bhajans sont des chants religieux hindouistes écrits pour la plupart au 15e siècle. Chantés à l’origine dans les temples ou sur les places publiques par les « Bhaktas » (les fous de Dieu), ils ne gagnèrent les scènes qu’au début du 20e siècle.

Les paroles, dont la mélodie n’est pas fixée, expriment la dévotion des poètes à l’égard des divers dieux du panthéon hindou.

À travers des chants empreints d'amour et de dévotion envers une divinité, le bhajan éveille les émotions les plus profondes de l'âme. Cette forme de musique crée une connexion spirituelle intense et guide l'âme dans une quête divine.

Parmi les grands interprètes de bhajan, citons Bhimsen Joshi et Lakshmi Shankar. Virtuose du khayāl et du bhajan, le légendaire vocaliste indien Bhimsen Joshi fut l'un des interprètes les plus admirés des rāgas classiques hindustanis

 

Lakshmi Shankar : « Bhajan de Mira », dans le rāga du matin Bhairavi.

 

Mira dit :

« O Krishna, toi qui as tenu la montagne dans ta main,

Que ta flamme s’enflamme à la mienne

Que mon âme se fonde dans la tienne »

 

 

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Kaushiki Chakrabarty : un bhajan dévotionnel dans le rāga Bhairavi

 

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Pandit Bhimsen Joshi : Bhajan dans le rāga Bhairavi
« Celui qui vénère toujours Hari atteindra la position suprême »,

 

 

 

 

Le ghazal : « chant d'amour »

Cultivé en Perse, au 10e siècle, et puis en Inde au 12e siècle, le ghazal (mot signifiant "conversation avec les femmes" en arabe) est une délicate forme poétique dont les paroles évoquent souvent les tourments de l'amour et de la séparation, créant une mélodie douce et mélancolique. C’est une forme de musique qui est source d'inspiration, de méditation et de contemplation.

Le style musical est plus libre que dans le chant classique hindustani : Il n’est pas soumis à un rāga strict, le rythme est plus souple, une grande importance est donnée à l’interprétation émotionnelle et à l’articulation du texte.

Le chanteur de ghazal est souvent accompagné par des instruments tels que le sitar, le tablā, l’harmonium et le sarod.

L’une des plus grandes interprètes de ghazal s’appelle Begum Akhtar (1914-1974).

Autres interprètes célèbres : Jagjit Singh (1941-2011), Mehdi Hassan (1927-2012)

 

Begum Akhtar
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Jagjit Singh
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Mehdi Hassan
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Le thumrī

Le thumrī est un style de chant indien aimable, tendre et léger, chanté principalement par les femmes. Considéré de nos jours – ainsi que le ghazal – comme un genre « léger » ou « semi-classique », le chant thumrī connut un formidable essor dans le courant du 19e siècle.

Le répertoire est en général composé de rāgas dits « légers », c’est-à-dire mixtes ou mélangés, l’important étant avant tout de traduire l’intensité de l’émotion poétique. Le thumrī exprime les sentiments à travers l'improvisation et l'ornementation et est caractérisé par sa sensualité.

Le thumrī est accompagné de tablā, mais aussi de sarangi ou d'harmonium.

 

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Piu Mukherjee : Thumrī dans le rāga Mishra Bhairavi

 

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Kaushiki Chakrabarty : Thumrī dans le rāga manj Khamaj

 

 

 

Grands interprètes hindustani

 

Kaushiki Chakraborty (1980-) : khyāl et thumrī

Manjusha Kulkarni-Patil (1971-) : khyāl

Ajoy Chakraborty (1952-), musicien iconique du gharānā Patiala.

Rajan (1951-2021) et Sajan (1956-) Mishra : khyāl

Parveen Sultana (1950-)

Hariprasad Chaurasia (1938-) flûte

Ram Narayan (1927-2024) sarangi

Pandit Jasraj (1930-2020), vocalises

Kishori Amonkar (1932-2017), vocalises

Abdul Rashid Khan (1908-2016) : khyāl, dhrupad et thumrī

Lakshmi Shankar (1926-2013) : chants divers

Ravi Shankar (1920-2012) sitar

Bhimsen Joshi (1922-2011), khayāl et bhajan

Ali Akbar Khan (1922-2009) sarod

Bismillah Khan (1916-2006) shehnaï

Sheila Dhar (1929-2001) Chant Khyāl

Mallikarjun Mansour (1910-1992) : khyāl

Nasir Zahiruddin (1933-1994 )& Nasir Faiyazuddin (1934-1989) Dagar Chant Dhrupad

Nikil Banerjee (1931-1986) sitar

Roshan Ara Begum (1917-1982) : khyāl

Amir Khan (1912-1974)

Bade Gulam Ali Khan (1902-1968) : khyāl et thumrī

Faiyaz Khan (1886-1950)

 

 

 

La musique carnatique

La musique de l’Inde du sud, dite carnatique, se singularise par la richesse de son instrumentation et ses variétés linguistiques. En Inde du Sud, contrairement au nord, la culture hindoue n’a pas subi d’influences du monde musulman. Ainsi, la musique carnatique serait la plus ancienne, dans sa forme classique, et la seule intrinsèquement indienne.

Le point culminant de cette musique s’étend du 15e au 19e siècle, et plus particulièrement au 18e siècle considéré comme l’âge d’or de la musique carnatique. La référence y est souvent l’œuvre de trois compositeurs, à savoir Muttuswami Dikshitar, Syāma Sastri, et surtout Tyāgarāja, qui renouvellent le genre avec bonheur et composent une œuvre tellement parfaite, abondante et riche qu’on les appelle aujourd’hui "la Trinité".

 

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Tyāgarāja : Pancharatna Kritis (Les 5 joyaux) par les Malladi brothers

 

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Sri Muthuswamy Dikshitar : Navagraha Kritis par Bombay Jayashri

 

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Syāma Sastri : Kanakasaila par Sanjay Subrahmanyan

 

Comme toute la musique classique indienne, la musique carnatique est construite sur le rāga et le tāla. Bien que l'improvisation joue un rôle primordial, la musique carnatique se distingue de celle du nord de l'Inde par l'importance des compositions, notamment les kritis développés à partir du 16e siècle.

Les compositions ont une place beaucoup plus importante que dans la musique du nord de l’Inde. Les musiciens du Sud pratiquent également beaucoup l’art du Rāgamala, ces "guirlandes de rāga" où l’on enchaîne des modes différents dans une même interprétation. Un art difficile qui permet de dépeindre plusieurs émotions.

 

 

 

Styles

Par rapport à la musique hindustani, la musique carnatique met l’accent sur la dévotion et la structure et est moins stricte sur l’heure et la saison

Divers styles de composition et d’improvisation sont utilisés dans la musique carnatique.

Le Kriti est une composition musicale servant de base à l’interprétation et à l’improvisation, écrite généralement sous une forme lyrique.  Elle exprime la dévotion à une divinité (bhakti) ou explore des thèmes philosophiques.

Un kriti comprends généralement trois parties :

    Pallavi, l’équivalent d’un refrain dans la musique occidentale

    Anupallavi, le deuxième verset, qui est parfois optionnel

    Charanam, le dernier couplet (et le plus long) qui conclut le chant

Les kalpita sangîta sont des chants composés par les anciens :

Le padam, chant ancien sérieux dansé par les femmes de Tanjore, dans le Sud de l'Inde.

Le kirtanam, chant dévotionnel dont le kriti est un développement.

Le varṇam ou tānavarṇam est une chanson spéciale qui donne toute l’information sur un rāga. Ce type de composition très mélodique peut servir d'introduction lors d'un concert.

Le pādavarṇam ou pādajativarṇam est une composition pour la danse.

Le tillana, pièce solmisée, courte et rapide est jouée en conclusion de concert ou de danse.

Les Manodharma sangîta sont des formes d’improvisation :

  • Rāgam ou Ālāpana C'est la longue introduction non métrée d'un rāga présentant les notes et le sentiment. Elle est divisée en trois parties : akṣiptika, rāgavardhini et magarini.

  • Tānam Suivant l'ālāpana, il élabore une phase rythmique (sans percussion).

  • Niraval Il intervient dans une composition en offrant l'occasion d'improviser sur une ligne.

  • Kalpanā svara Suivant le niraval, ce sont des improvisations sur le même thème mais avec des syllabes solfiées.

  • Tāni āvartanam C'est la longue improvisation réservée aux percussionnistes à la fin d'un concert, où ils vont pouvoir montrer leur talent de soliste.

Le Rāgam-Tanam-Pallavi est la principale forme longue en concert et constitue une forme composite d'improvisation. Comme son nom l'indique, elle se compose d'un alapana de rāga, d'un tanam et d'une ligne de pallavi qui présente le thème sous forme de compositions variées et complexes avec accompagnement percussif (tāla). Sur un tāla lent, la ligne de pallavi est souvent composée par l'interprète. Grâce au niraval, l'interprète manipule la ligne de pallavi de manière complexe, tant sur le plan mélodique que rythmique. Le niraval est suivi de kalpanasvarams.

Le padam est un chant ancien sérieux dansé par les femmes de Tanjore.

Le kirtanam est un chant dévotionnel dont le kriti est un développement.

Le tillana est une pièce solfiée, courte et rapide jouée en conclusion de concert ou de danse.

 

Les parties improvisées du rāga sont basées sur des compositions et des formes improvisées selon le schéma suivant :

Varnam / Kriti → Ālāpana → Niraval → Kalpanā svara

 

 

 

Instrumentation

La musique instrumentale de L’Inde du Sud fait souvent appel à la vina, ce luth à sept cordes joué par des virtuoses comme Chitti Babu ou Sundaram Balatchander.

La flûte traversière est beaucoup plus courte que sa cousine du nord et a eu pour plus grand serviteur Ti R Mahalingam.

L’accompagnement rythmique est généralement assuré par trois instruments : un tambour en tonneau à deux peaux appelé le mridangam, un grand pot en terre cuite appelé le ghatam et un tambourin, le kanjira, auxquels se joint parfois une guimbarde, le moorsing.

 

 

 

Grands interprètes de la musique carnatique

En Inde du Sud, le chant, comme en Inde du Nord, tient une place privilégiée. On peut citer les voix de Shemmangudi R Shrinivasa Iyer chez les hommes, d’Aruna Sairam et de M S Subbulakshmi pour les femmes. Cette dernière est l’une des plus grandes chanteuses carnatiques du 20e siècle, elle qui s’est fait d’abord connaître par le cinéma.

 

Autres interprètes

Amritha Murali, (1982-) Violoniste et chanteuse

Jayanthi_Kumaresh (1969-) Saraswati Vînā

Bombay Jayashri (1964-) Chant

Echampati Gayathri, (1959-) Saraswati vina

Vasumathi Badrinathan Chant

Ragunath Manet (1958-) Vina et chant

L. Subramaniam (1947-) Violon

 

Aruna Sairam

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Chant dévotionnel contant une légende de Khrishna

 

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Rāga Shanmukhapriya

 

 

Au sommet de son art, la chanteuse Bombay Jayashri Ramnath incarne ce que la tradition carnatique a de plus moderne et intemporel.

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Bombay Jayashri à l'Opéra de Sydney

 

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Amritha Murali: Rāgam Mukhari

 

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E Gayathri (Vînā) : Rāga Sindhu Bhairavi

 

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Jayanthi Kumaresh (Saraswati Vînā) : Rāga Shanmukhapriya

 

 

 

Annexe : Le Khyāl

 

 

1. Les principales gharānās du khyāl

 

Une gharānā désigne une école stylistique reposant sur une transmission maître-disciple. Chaque gharānā possède une esthétique vocale, des priorités techniques et des choix de répertoire spécifiques. Voici les plus influentes.

 

1.1. gharānā de Gwalior

Fondation : 18e–19e siècles, considérée comme la plus ancienne gharānā du khyāl.

Caractéristiques :

·       Style sobre, structuré, orienté vers la clarté mélodique.

·       Importance du bandish comme base de développement.

·       Improvisation mesurée : bol-bant, taan claires et symétriques.

·       Relative économie d’ornementation.

Artistes associés : Haddu Khan, Hassu Khan, Vishnu Digambar Paluskar.
Rāgas typiques : Bihag, Yaman, Shree, Gaud Sarang, Ramkali, Bhoopali.

 

1.2. Gharānā de Kirana

Fondation : développée au 20e siècle, popularisée par Abdul Karim Khan.

Caractéristiques :

·       Accent sur la pureté de l’intonation et les micro-intervalles.

·       Exploration très lente et méditative du vilambit.

·       Ornementation subtile : meend, andolan, longues tenues de notes.

·       Atmosphère introspective et émotionnelle.

Artistes associés : Abdul Karim Khan, Bhimsen Joshi, Gangubai Hangal.
Rāgas typiques : Todi, Marwa, Multani, Miyan ki Malhar, Darbari Kanada.

 

1.3. Gharānā d’Agra

Origines : enracinée dans le dhrupad. grande hybridation au 19e siècle.

Caractéristiques :

·       Voix puissante, registre grave mis en valeur.

·       Importance de la nom-tom alap (héritée du dhrupad).

·       Improvisation dense, utilisation de bol-bant complexes.

·       Structure solide et souvent dramatique.

Artistes associés : Faiyaz Khan, Latafat Hussain Khan, Khaadim Hussain Khan.
Rāgas typiques : Darbari, Adana, Shahana, Jaunpuri, Bhairav.

 

1.4. Gharānā de Jaipur-Atrauli

Fondation : par Alladiya Khan au tournant du 20e siècle.

Caractéristiques :

·       Virtuosité mélodique exceptionnelle.

·       Prédilection pour les rāgas jumeaux, rares ou pentaclés, souvent complexes.

·       Traitement rigoureux du rāga, variations élaborées.

·       Tan rapides et structurées.

Artistes associés : Kesarbai Kerkar, Kishori Amonkar, Mallikarjun Mansur.

Rāgas typiques : Basanti Kedar, Sampoorna Malkauns, Lalit-Pancham, Nat Kamod, Khem Kalyan.

 

1.5. Gharānā de Patiala

Fondation : 19e siècle, d’inspiration courtisane (kotha).

Caractéristiques :

·       Expressivité lyrique et embellissements vocaux nombreux.

·       Usage fréquent de sargam taan, murki, passages ondulés et gracieux.

·       Improvisation brillante, souvent rapide.

·       Grande souplesse rythmique.

Artistes associés : Bade Ghulam Ali Khan, Kasur Ali Khan, Parveen Sultana.
Rāgas typiques : Shuddh Kalyan, Bihagas, Shuddh Sarang, Bahar, Patdeep.

 

1.6. Gharānā de Lucknow

Origines : art courtois nawabi. forte influence de la danse kathak.

Caractéristiques :

·       Esthétique élégante, suavité du phrasé.

·       Importance de l’ornementation raffinée.

·       Tempos modérés privilégiant la grâce.

Artistes associés : Wahid Khan, Nissar Hussain Khan.

Rāgas typiques : Kedar, Hamir, Bageshri, Jhinjhoti.

 

1.7. Gharānā de Bhendi Bazaar

Fondation : Bombay, début 20e siècle.

Caractéristiques :

·       Style urbain, intellectuel, très articulé.

·       Développement méthodique du rāga.

·       Sargam particulièrement innovants.

Artistes associés : Anjanibai Malpekar, Shashikala Koratkar.

Rāgas typiques : Puriya Dhanashree, Marwa, Deshkar, Gaud Malhar.

 

 

 

 

2. Rāgas typiquement utilisés dans le khyāl

Certains rāgas s’adaptent particulièrement au développement du khyāl, en raison de leur potentiel expressif et de leur structure compatible avec l’improvisation étendue.

 

2.1. Rāgas du répertoire courant

Yaman : rāga du soir, raffiné ; idéal pour le vilambit.

Bhairav : grave, introspectif ; apprécié pour l’expressivité de l’alap.

Bageshri : nocturne, doux, lyrique.

Darbari Kanada : majestueux, dramatique, très prisé pour les improvisations lentes.

Bihag : lumineux et élégant ; souvent interprété en drut.

 

2.2. Rāgas favorisant la virtuosité

Hindol, Adana, Bahar, Deshkar : adaptés aux taan rapides.

Patdeep, Jaunpuri : riches en variations rythmiques.

 

2.3. Rāgas à développements complexes (spécialité de Jaipur-Atrauli)

Basanti Kedar, Lalit Pancham, Sampoorna Malkauns, Khem Kalyan :

Rāgas hybrides ou rares, demandant une maîtrise avancée.

 

2.4. Rāgas introspectifs, prisés des gharānās méditatives (Kirana)

Todi, Marwa, Puriya, Multani :

Exploration lente, accent sur la justesse micro tonale.

 

 

 

3 Exemples de bandish célèbres

 

La plupart des bandish du répertoire khyāl sont transmis oralement, avec de multiples variantes, c’est pourquoi un même texte peut apparaître dans plusieurs gharānās avec des mélodies différentes.

Certaines compositions sont attribuées à des compositeurs identifiés (Sadarang, Adarang, Wajid Ali Shah), mais beaucoup restent anonymes ou collectives.

 

1. Gharānā de Gwalior

Gwalior accorde une importance centrale au bandish, considéré comme la matrice du développement du rāga.

Bandish

Rāga

tāla

Nanda ke ananda bhayo

Bihag

teentaal

Piya ke milan ki aas

Yaman

ektaal

Par karo more gati

Gaud Sarang

teentaal

Gunijan sarasa

Shree

teentaal

Ces compositions privilégient la clarté structurelle et le phrasé symétrique.

 

2. Gharānā de Kirana

Kirana cultive des compositions longues et ouvertes, favorisant les expansions microtonales.

Bandish

Rāga

tāla

Piya bin nahi aawat chain

Todi

vilambit ektaal

Ab mora man matvala

Marwa

teentaal

Eri ali piya bina

Multani

vilambit jhumra

Shuddha sarang more man bhayo

Shuddha Sarang

teentaal

Ces bandish servent surtout de socle à une exploration lente et introspective.

 

3. Gharānā d’Agra

Forte influence du dhrupad, d’où des compositions énergiques, parfois très anciennes.

Bandish

Rāga

tāla

Kahe ko byahi bides

Jaunpuri

teentaal

Ajab teri reeti

Darbari Kanada

vilambit ektaal

Payoji maine ram ratna dhan

Bhairav

teentaal

Udho man na bhaye das bis

Adana

teentaal

La ligne mélodique est souvent puissante, avec nom-tom alap en introduction.

 

 

4. Gharānā de Jaipur-Atrauli

Réputée pour ses rāgas complexes et bandish rares.

Bandish

Rāga

tāla

Bhavani dayani

Basanti Kedar

vilambit ektaal

Gopala tere charan kamal

Khem Kalyan

teentaal

Piya ko milan ki aas

Lalit Pancham

ektaal

Adbhut rang birang

Sampoorna Malkauns

vilambit jhumra

Les compositions privilégient les structures sophistiquées et les taan élaborées.

 

 

5. Gharānā de Patiala

Connue pour son lyrisme, ses ornements gracieux et ses taan rapides.

Bandish

Rāga

tāla

Kaun gali gayo Shyam

Bahar

teentaal

Soch re banwari

Patdeep

vilambit ektaal

Rasiya ho na jai

Bihagda

teentaal

Sajan more ghar aaye

Shuddh Kalyan

teentaal

Les sargam taan sont souvent mises en valeur dans ces bandish.

 

 

6. Gharānā de Lucknow

Esthétique courtoise, compositions élégantes et raffinées.

Bandish

Rāga

tāla

Kahe ko rokat hai

Kedar

teentaal

Balamwa tum kya jaane preet

Hamir

teentaal

Mora piya ghar aaye

Bageshri

ektaal

Nainan more taras gaye

Jhinjhoti

teentaal

La douceur du phrasé et les ornementations fines y dominent.

 

 

7. Gharānā de Bhendi Bazaar

Réputée pour ses sargam inventives et son développement méthodique.

Bandish

Rāga

tāla

Man mohan man bhavan

Puriya Dhanashree

vilambit ektaal

Sada rang rangila Shyam

Marwa

jhumra

Sakhi more piya ghar aaye

Deshkar

teentaal

Hori khelat Shyam

Gaud Malhar

teentaal

Les phrases de sargam y sont particulièrement recherchées et sophistiquées.

 

 

 

 

A suivre =>

 

 

 

 


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