Parmi les instruments à cordes, le sitār est sans nul doute
le plus emblématique. La grande particularité de cet instrument est ses cordes
sympathiques, que l’on ne joue pas directement mais qui entrent en vibration
par sympathie harmonique avec les autres cordes, et qui entourent d’un halo sonore
les improvisations subtiles de grands musiciens comme Ravi
Shankar.
Le sitār se compose d’une gourde semi-hémisphérique
(Tumba)(1), jointe à un long manche (2) sur lequel sont placées des
touchettes recourbées et amovibles (3). Deux chevalets (4) reposent sur la
table harmonique. 11 à 13 cordes sympathiques reposent sur le petit chevalet
(4a), passent sous les touchettes et sont accordées sur les notes du raga
interprété.
Le chevalet principal sert de support à la corde principale, à
la tonique, à 2 cordes mélodiques basses, à une corde d’accompagnement et 2
cordes accordées à l’octave.
Anoushka
Shankar, fille de Ravi Shankar est une sitāriste renommée.
L’instrument se joue avec un « Mezrāb »,
plectre métallique porté sur l’index de la main droite.
L’originalité du sitār vient du fait que c’est le seul
instrument de la lutherie qui permet, non seulement d’interpréter une mélodie
par déplacement de l’index le long de la corde mais aussi par déplacement
latéral, technique qui permet sur une même touchette d’obtenir jusqu’à une
quinte.
Le surbahar est un sitār basse,
rarement joué, utilisé dans la musique hindoustani.
C’est un vieil instrument dérivé de la vînâ et du tambûr. Il
ressemble au sitār, mais est encore plus grand. Son manche est beaucoup
plus large.
Sa tête se termine par une sculpture de cygne ou de paon. Et sa
caisse de résonance est une calebasse aplatie, et non sphérique. Les cordes
sont plus grosses et le son plus grave.
La tanpūrā (prononcé "tampoura") est un
instrument à cordes pincées. Utilisée pour produire un bourdon harmonique
continu, elle sert essentiellement de base et de support à une mélodie
chantée ou jouée par un autre instrument.
C’est un luth à long manche sans frette comportant 4 à 6 cordes.
Son rôle est important car c’est elle qui donne les notes de références d’un
raga. Elle est ainsi accordée sur le premier et le cinquième degré (parfois
le septième ou un autre degré) de l’échelle du raga interprété.
Lors de toute manifestation musicale, elle précède toute autre
émission sonore (vocale ou instrumentale), et sert d’étalon mélodique pour le
chant et les instruments.
Aucune formation musicale n’est nécessaire pour en jouer ; il
suffit d'effleurer de manière régulière les cordes. Ce sont souvent les
disciples, les compagnes, les enfants ou la fratrie des artistes qui en sont
chargés.
La vièle sārangi, aux sonorités proches de la voix humaine,
est un instrument à cordes frottées et le principal instrument à archet de l'Inde.
D’abord utilisé pour accompagner le chant, il est devenu un instrument soliste de la musique hindoustani grâce entre autres à
la virtuosité de Bundu Khan (1880-1955) et de Ram Narayan (1927-2024).
Aruna Narayan, la fille de ce dernier,
compte parmi les seules femmes jouant de cet instrument à un niveau
professionnel.
Le dilruba (le son du cœur) est une vièle apparue au XIXe siècle
en Inde, alors que les joueurs de sarangi se faisaient rares et que les
maharajas s'efforçaient de créer des orchestres à cordes calqués sur le modèle
occidental.
C'est un instrument à cordes frottées, synthèse du sitār et
du sarangi, conçu pour les joueurs de sitār, qui peuvent facilement s'y
adapter.
La vīnā
Vīnā est un vocable désignant deux familles
d'instruments à cordes indiens fort différents : la rudra vīnā au
nord de l'Inde et la sarasvati vīnā, au sud.
Le bīn est le plus ancien des instruments à cordes frettées
indiens. Il est doté de vingt-quatre frettes mobiles et de quatre cordes
mélodiques en métal, ainsi que de trois bourdons métalliques tendus sur toute
la longueur de la caisse.
Le bīn a été l'instrument
dominant de la musique de l'Inde du Nord au XVIIIe siècle, mais son emploi a
décliné au XIXe siècle en faveur du sitār.
Rudra-vīnā ou bīn
Musée des instruments de
Paris.
Asad Ali Khan à la rudra vīnā.
Parmi les grands interprètes de cet instrument, on peut citer
Ustad Zia Mohiuddin Dagar [1929-1990] et et son fils Bahauddin Dagar (né en
1970), ainsi qu’Ustad Asad Ali Khan [1937- 2011].
La vīnā de la musique
carnatique de l'Inde du Sud - vīnā dite de Sarasvatī, cette
déesse ayant la vīnā comme attribut traditionnel - est un luth à long manche doté d'une caisse de résonance en
bois attachée au manche, à la place de la calebasse inférieure que l'on
trouve sur le bīn. Comme le bīn, cette vīnā possède
vingt-quatre frettes, quatre cordes mélodiques et trois bourdons métalliques.
Le manche de l’instrument se termine par une sculpture
représentant la tête d’un dragon préhistorique.
Après avoir beaucoup évolué au cours des âges, la Sarasvati vīnā
adopte sa forme actuelle au 17e siècle.
Elle était autrefois surtout appréciée des chanteuses amateures,
mais elle occupe aujourd'hui dans la musique carnatique une position dominante
analogue à celle du sitār dans la musique hindoustani.
Le santur, de la famille des cithares sur table, est muni de plus
de 70 cordes.
D’origine persane, on en joue à l'aide de deux marteaux légers
(mezrâb) en frappant les cordes.
Possiblement très ancien dans le sud du pays mais disparu, il est
apparu tardivement dans le nord de l’Inde, au Cachemire. (Le poète Nowshehri le
cite au XVIe siècle).
Tablā désigne une paire de tambours qui s’est développée au
milieu du 18e siècle.
Le tablā est composé de deux fûts : le dayan et le bayan.
Placés devant le musicien, dayan à droite et bayan à gauche, ils
sont joués à mains nues.
Le dayan est fait d’un bloc de bois évidé sur lequel sont
montées deux peaux superposées. Une pâte, nommée « suru » composée de farine et
de fer, est appliquée au centre de la peau pour former une pastille noire, la «
shyahi », permettant de faire ressortir les harmoniques et de donner une
sonorité claire et incisive à l’instrument.
Des lanières de cuir et des cales en bois permettent de tendre les
peaux et d’accorder l’instrument avec la tonalité du raga.
Le bayan est une timbale de cuivre de taille plus
importante et de sonorité plus grave, recouverte elle aussi du même système
complexe de peaux et pastille.
Zakir
Hussain est le fils de Alla
Rakha [1919-2000] qui accompagnait Ravi Shankar dans ses tournées
internationales. Il est considéré comme l’un des meilleurs joueurs de tablā
au monde.
Ravi Shankar et Alla Rakha présentent le tablā
Zakir Hussain au tablā avec Rakesh Chaurasia au bansuri
Le Pakhāwaj, instrument classique du nord de l'Inde, est un tambour à deux faces, issu du mridangam,
instrument classique du sud de l'Inde.
Beaucoup utilisé dans la musique Dhrupad, c’est la percussion mère
du Tablā.
Il se caractérise par des harmoniques riches et des basses
profondes, et peut être joué en solo ou en accompagnement.
Le pakhāwaj se joue à deux mains avec les doigts à plat,
tandis que le mridangam utilise une combinaison de techniques de doigts pour
des sonorités variées.
Solo de Pakhawaj par Kunal Patil, élève de Pt.Kumar Bose
Vieux de 2000 ans, le mridangam est joué comme instrument
d'accompagnement rythmique principal de la danse classique et des chants
religieux du sud de l’Inde. Il peut être joué en solo,
en ensemble, ou en accompagnement de musique ou de danse.
Au XIXe siècle, il a été intégré au concert de la musique
carnatique.
Son timbre caractéristique est causé par des éclats de bambou
emprisonnés entre les couches d'une des peaux. Autre particularité : l'amas de
pâte, à base de farine et de limaille de fer, que le joueur applique sur la
peau opposée, et qui lui permet de contrôler l'accord du tambour.
Alors que le joueur de tablâ se contente de jouer et réciter ce
qu'il connaît par cœur, le joueur de mridangam s'interdit une telle pratique :
il improvise selon les phases rythmiques, tout en plaçant au sein de celles-ci
des éléments pré appris.
Le Kanjira est un instrument de percussion du sud de l’Inde.
C’est le plus petit tambour sur cadre au monde – il mesure environ
18 à 20 cm de diamètre - mais c'est aussi l'un des instruments de percussion
les plus complexes, permettant une grande virtuosité.
Les basses sont riches et rondes, les aigus pleins de slaps
staccato précis. Les kanjiras sont munis d’une petite clochette ou cymbalette.
Bien qu’ayant sa place dans la tradition musicale du sud de
l’Inde, c’est le mridangam qui reste le principal instrument de percussion de
la musique carnatique.
Parmi les plus célèbres joueurs de kanjira, citons G. Harishankar et Selvaganesh
fils du maître du ghatam Vikku Vinayakram
Le ghatam est l'un des plus anciens instruments de percussion du
Pakistan et de l'Inde. Son utilisation remonte au 8ᵉ siècle Il est
utilisé dans la musique carnatique mais aussi dans la musique folklorique du
nord de l’Inde, dans une version plus petite.
Fabriqué principalement en argile cuite avec des copeaux de laiton
ou de cuivre et une petite quantité de limaille de fer, le ghatam sonne
différemment selon sa taille.
On peut l’utiliser de deux façons.
En frappant directement la terre cuite avec les mains
En tendant une peau sur l’ouverture pour faire un tambour. Dans ce
cas, le ghatam doit être posé sur les genoux.
Le son produit varie selon que l’on frappe avec les doigts, nus ou
bagués, les ongles, la paume ou les poignets, et selon l’endroit percuté.
Ses plus fameux interprètes sont Vikku Vinayakram et son fils V.
Selvaganesh.
Le Bansurī est une flûte traversière fabriquée à partir d'un
seul morceau de bambou avec six ou sept trous. C’est probablement le plus
ancien instrument de musique de l'Inde du nord.
Cet instrument est associé aux bergers et à la tradition
pastorale, ainsi que, dans les représentations iconographiques, à l'histoire
d'amour de Krishna et Radha.
Pandit Rajendra : Bansuri et Tabla
Son équivalent au sud est le venu, qui est un peu plus
petit et comporte 8 trous, que l’on nomme aussi kuzhal.
Parmi les plus célèbres joueurs de bansurī, citons
-
Pandit Pannalal
Ghosh (1911-1960), qui imposa le bansurī sur la scène classique au
cours du 20e siècle
-
Pandit Hariprasad
Chaurasia qui a atteint une renommée internationale en faisant connaître le
son envoûtant de cette flûte dans de nombreux pays.
L’harmonium est un petit orgue portatif importé par les colons
au 19e siècle, profondément modifié pour s’adapter au mode de vie
indien. Il est très utilisé dans la musique hindustani en accompagnement mélodique
du chanteur. Il s’est généralisé au cours des 19e et 20e
siècles au détriment de l’instrument traditionnel qu’est la sarangi.
Par rapport à son ancêtre européen, le pédalier initial est remplacé
par un soufflet latéral permettant au musicien de se tenir assis sur le sol. La
main gauche active le soufflet, la droite joue la mélodie.
Le shahnaï est un hautbois rustique à anche quadruple utilisé en Inde,
mais aussi au Pakistan, au Bangladesh et jusqu'en Iran. Il a été élevé au
premier rang des instruments de la musique savante par le musicien Bismillah
Khan (1916-2006) qui en est le maître incontesté.
L'anche est formée de quatre couches de feuille séchée, resserrées
par un fil autour d'un tube métallique. Le corps a une perce conique de
50 cm de long et se termine par un pavillon évasé, généralement en laiton.
Le corps compte souvent sept ou huit trous.
Bismillah Khan au Shahnaï
Le Nâgasvaram (ou nadasvaram) est
une variante utilisée en Inde du sud.
Il est deux fois plus grand (90cm) que le shehnaï, avec un corps
en bois dur.