Sommaire de ce chapitre
Introduction
Les notes : Svara
Les modes musicaux : thaats, mēḷakartā
Le cadre mélodique : Rāga
Le système rythmique : Tāla
La
musique et la danse
Annexe 1 : Table des rāga mēḷakartā
Annexe 2 : Le tāla dans la musique carnatique
Introduction
C’est en 1909 que Vishnu
Narayan Bhātkhande inventa le système de notation musicale hindustani dans
son livre intitulé Shri Mallakshaya Sangeetam (Harold, 2001).

Les notes : Svara
Comme en occident, la gamme indienne est composée de 12 notes (les
svaras), qui peuvent être rapportées aux sept notes de la gamme occidentale et
de leurs altérations.
La
gamme indienne est souvent ponctuée d’ornements appelés Alankāra (glissandos,
oscillations …). Ces inflexions peuvent être fixées par les règles d’un rāga
particulier ou selon l’inspiration du musicien.
De
plus l’écart entre les notes n’est pas toujours le même. Cette déviation par
rapport à la gamme naturelle s’appelle gamaka.
Cet
aspect particulier de la musique indienne est, selon les spécialistes, le
principe fondamental de l’exécution des rāgas.
Notation hindustani
Comme en occident, la gamme est composée de 7 notes (les svaras) sa re ga ma pa dha ni, qui peuvent être
rapportées aux sept notes de la gamme occidentale do ré mi fa sol la si,
ainsi que 5 altérations (bémols notés et dièses notés ’), résultant en
une échelle de 12 notes. L'ensemble des notes jouables (svaras) par le musicien
est :
sa re re ga
ga ma ma' pa dha dha ni ni
L’ordre ascendant de la gamme (sa re ga
ma pa dha ni) se nomme āroha et l’ordre descendant (sa
ni dha pa ma ga re) avāroha.
Il existe trois octaves : un grave, un médium, un aigu. Les notes
de chacune peuvent être repérées par un chiffre (1,2 ou 3) ou par un point
au-dessous de la note pour l’octave inférieure et un point au-dessus pour
l’octave supérieure.
Contrairement à la musique occidentale ou la fréquence de chaque
note est définie par rapport au la=440Hz, dans la musique indienne, l’exécutant
fixe lui-même la position du sa et accorde son instrument à partir de
cette note dont il a décidé de la fréquence.
La gamme comprend aussi des shrutis (micro-tons). Ces
shrutis sont au nombre de 22 entre deux octaves et se répartissent comme
suit :
Sa:4 shrutis, re:3, ga:2,
ma:4 pa :4, dha :3, ni :2.
Notation carnatique
La
notation carnatique est différente de la notation hindustani :
|
Svara
(nom de la note)
|
Abréviation
|
Notation
|
Mnémonique
|
Demi-tons
depuis Sa
|
|
Ṣaḍjam
|
Sa
|
S
|
sa
|
0
|
|
Śuddha
R̥ṣabham
|
Ri
|
R₁
|
ra
|
1
|
|
Catuśruti
R̥ṣabham
|
Ri
|
R₂
|
ri
|
2
|
|
Śuddha
Gāndhāram
|
Ga
|
G₁
|
ga
|
|
Ṣaṭśruti
R̥ṣabham
|
Ri
|
R₃
|
ru
|
3
|
|
Sādhāraṇa
Gāndhāram
|
Ga
|
G₂
|
gi
|
|
Antara
Gāndhāram
|
Ga
|
G₃
|
gu
|
4
|
|
Śuddha
Madhyamam
|
Ma
|
M₁
|
ma
|
5
|
|
Prati
Madhyamam
|
Ma
|
M₂
|
mi
|
6
|
|
Pañcamam
|
Pa
|
P
|
pa
|
7
|
|
Śuddha
Dhaivatam
|
Dha
|
D₁
|
dha
|
8
|
|
Catuśruti
Dhaivatam
|
Dha
|
D₂
|
dhi
|
9
|
|
Śuddha
Niṣādam
|
Ni
|
N₁
|
na
|
|
Ṣaṭśruti
Dhaivata)
|
Dha
|
D₃
|
dhu
|
10
|
|
Kaiśikī
Niṣādam
|
Ni
|
N₂
|
ni
|
|
Kākalī
Niṣādam
|
Ni
|
N₃
|
nu
|
11
|
La correspondance avec les notes hindustani est la
suivante :
|
S
|
R1
|
R2=G1
|
R3=G2
|
G3
|
M1
|
M2
|
P
|
D1
|
D2=N1
|
D3=N2
|
N3
|
|
Sa
|
re
|
re
|
ga
|
ga
|
ma
|
ma'
|
pa
|
dha
|
dha
|
ni
|
ni
|
Les modes musicaux : thāats, mēḷakartā
Thāat
Le « ṭhāat » est un concept
essentiel de la musique classique hindoustani, servant de cadre à la
compréhension de l'organisation des rāgas. C’est en quelque sorte
l’équivalent des modes
musicaux de la musique contemporaine occidentale.
Le « ṭhāat » représente un ensemble de sept notes (svara),
qui constituent la base de diverses structures mélodiques. Il existe dix ṭhāats
principaux, chacun étant défini par son arrangement unique de notes, à la fois Ṥuddha
(naturelles) et vikrut (altérées).
Un ṭhāat, est défini par les règles suivantes :
Il doit comporter 7 des 12 svaras utilisés
dans la musique hindoustani.
Il ne peut être composé que d'une gamme ascendante, ou āroha.
Il ne peut pas avoir deux versions de la même note, c’est-à-dire
une note naturelle et la même note altérée.
Exemples de thāats :

Les 10 ṭhāats de la musique d’Inde du nord sont les
suivants :
|
Bilawal :
|
SA RE GA MA PA DHA NI ṠA
|
|
Kalyan :
|
SA RE GA MA' PA DHA NI ṠA
|
|
Khammaj :
|
SA RE GA MA PA DHA NI ṠA
|
|
Bhairav :
|
SA RE GA MA PA DHA NI ṠA
|
|
Kafi :
|
SA RE GA MA PA DHA NI ṠA
|
|
Marva :
|
SA RE GA MA' PA DHA NI ṠA
|
|
Asavari :
|
SA RE GA MA PA DHA NI ṠA
|
|
Puravi :
|
SA RE GA MA' PA DHA NI ṠA
|
|
Bhairavi :
|
SA RE GA MA PA DHA NI ṠA
|
|
Todi :
|
SA RE GA MA' PA DHA NI ṠA
|
Le concept de ṭhāat n'est pas exactement équivalent à
l'échelle musicale occidentale, car sa fonction première n'est pas d'être un
outil de composition musicale, mais plutôt de servir de base à la
classification des rāgas.
Mēḷakartā :
Les mēḷakartā (ou rāga mēḷakartā)
sont en quelque sorte l’équivalent, pour la musique carnatique, des ṭhāats
du système hindustani. Ils sont au nombre de 72 et définissent les rāgas
de « base » à partir desquels dérivent tous les autres rāgas. Néanmoins,
ils ont des règles différentes :
Les mēḷakartā sont construits comme suit :
-
Un mēḷakartā comporte 7 notes, aussi bien dans sa forme
ascendante (āroha) et descendante (avāroha).
-
Parmi les 12 demi-tons de l'octave, un mēḷakartā
doit comporter obligatoirement S et P, un des M, deux des R et G, et deux de D
et N. De plus, R doit nécessairement précéder G, et D doit nécessairement
précéder N.
-
Les notes sont dans l’ordre des fréquences croissantes à l’āroha et
dans l’ordre des fréquence décroissantes à l’avāroha.
-
Toutes les notes doivent appartenir à la même octave à l’āroha et à
l’avāroha.
On trouvera la liste des mēḷakartās en annexe 1.
Le cadre mélodique : Rāga
La musique indienne savante, extrêmement raffinée, est basée sur
les systèmes de rāga.
Le rāga est, selon les textes anciens, « une composition
sonore formée de mouvements mélodiques qui a pour effet de colorer le cœur des
hommes ». C’est le fondement mélodique de la musique classique indienne, tant
dans la tradition hindoustani que carnatique.
En musique hindustani
Le
système de la musique classique indienne d’abord développé par
Śāraṅgadeva dans le Sangita-ratnakara au 13e siècle,
est standardisé au début du 20e siècle par le musicologue Vishnu
Narayan Bhātkhaṇde.
Celui-ci
classe les rāgas parmi dix grandes familles (les ṭhāats), et
les caractérise par :
1) Un nombre de notes (svara) qui
le constitue.
Un rāga est composé d’au minimum 5 notes prises
dans l’un des 10 ṭhāats. Le nom des rāgas dérive du mode dont ils sont extraits. Par exemple le rāga Puriya-Kalyan est basé sur le ṭhāat Khalyan
Sa Re Ga Ma’ Pa Dha Ni dont il utilise seulement 6 notes Sa Re Ga Ma’ Dha Ni.
2) Une échelle ascendante (āroha)
et descendante (avāroha) utilisant les notes choisies dans le ṭhāat
correspondant, pouvant s’étendre sur les 3 octaves, les deux échelles pouvant
avoir des notes différentes.
Lorsqu’un rāga possède les sept mêmes notes de la
gamme dans ces deux échelles, il est dit « complet » (sampūrṇa). Il existe de nombreux rāgas qui possèdent un nombre différent
de notes dans leurs échelles ascendantes et descendantes, d’autres où une ou
plusieurs notes sont omises dans l’échelle ascendante. Ces rāgas sont
appelés « composés » ou « mélangés » (mishra).
Deux rāga
peuvent utiliser les mêmes svara mais se distinguer par leur āroha et avāroha.
3)
Deux notes dominantes (vādī/samvādī)
sur lesquelles débutent ou prennent fin de nombreuses lignes mélodiques.
« Le
vādī est cette note qui résonne clairement encore et encore, la note
prédominante d’un rāga. Le samvādī
est décrit comme une note utilisée moins fréquemment que le vādī mais
plus souvent que les autres note d’un rāga. » (Bhātkhaṇde).
La note principale est tenue en bourdon tout le long
de l'improvisation.
Les autres svara d’un rāga sont
nommés anuvādī.
4)
Un motif, un mouvement ou une
progression mélodique qui lui sont spécifiques (pakada).
Exemple : Ga Ma Ga Re Sa.
5)
Un tétracorde à privilégier pour
les développements mélodiques, soit le premier tétracorde du ṭhāat (entre
Sa et Ma) nommé pūrvāṅga, soit le deuxième
tétracorde (entre Pa et Ṡa)
nommé uttarāṅga.
6)
Le moment de la journée propice à
son interprétation (samay).
Les rāgas se définissent
d’abord en fonction du moment de la journée où ils doivent être joués. Selon Bhātkhaṇde les rāgas ayant leur
vādī situé dans le
premier tétracorde (pūrvāṅga) sont interprétés entre minuit et midi et ceux qui
ont leur vādī dans le deuxième tétracorde (uttarāṅga) sont interprétés entre midi et minuit. Par ailleurs, Bhātkhaṇde précise la période du jour ou de
la nuit en divisant les rāgas en trois groupes sur la base de leur ṭhāat.
Outre
ces caractéristiques, un rāga se veut avant tout l’expression d’une
humeur, d’un sentiment (rasas). Parmi les 9 rasas que compte la pensée indienne,
6 rasas sont traditionnellement exprimés en musique :
|
-
Sringara
|
Amour
romantique, joie
|
|
-
Karuna
|
Compassion,
tristesse
|
|
-
Vîra
|
Héroïsme,
vaillance, bravoure
|
|
-
Hasya
|
Humour,
joie
|
|
-
Shanta
|
Paix,
calme
|
|
-
Bhakti
|
Dévotion
|
L’exécution d’un rāga hindustani
L’exécution d’un rāga peut durer plusieurs dizaines de
minutes voire plusieurs heures dans des cas exceptionnels. Elle se découpe en 3
étapes :
-
Ālāp : C’est une longue et lente introduction improvisée
par l’instrument mélodique soutenu par le tanpura, destinée à bien installer la
couleur du rāga.
-
Jor : Le thème principal apparaît avec l’entrée de la
percussion sur un rythme de base qui s’accélère, et une longue improvisation
aux subtiles variations.
-
Jhāla : C’est le mouvement final pendant lequel le rythme s’accélère
et atteint au paroxysme dans une envolée virtuose.
Le rāga est souvent interprété par
trois musiciens : le premier pour la mélodie, un second pour le bourdon (joué
au tanpūrā) et le troisième à la percussion, dans l’exemple
ci-dessous : sitar, tanpūrā, tablā.
Rāga Desh khamaj par Ravi Shankar (sitar) et Alla Rakha (tablā)
en 1968
Un dhun (littéralement « mélodie ») est une pièce
instrumentale légère de la musique classique hindoustani. Bien qu'il puisse
être joué dans un rāga (souvent des rāgas légers comme le Khamaj),
son interprétation est plus libre et il peut incorporer des notes étrangères (vivādi)
Dhun Rāga Bhairavi par Rajendra et Rishab Prasanna, bansuri et Samar Saha, Tablā.
En musique carnatique :
Le rāga carnatique diffère du rāga hindustani par de
nombreuses règles.
Tout d’abord par le système parent qui consiste en 72 rāga mēḷakartā
à la place des 10 ṭhāats. Un rāga qui partage la même gamme
qu'un rāga mēḷakartā ou qui est basé sur un sous-ensemble
d'un rāga mēḷakartā est
dénommé son janya (c'est-à-dire né ou dérivé de). Chaque rāga est le janya
d'un rāga mēḷakartā.
L’exécution d’un rāga carnatique
L’ensemble instrumental d’un rāga carnatique comprend
généralement une Saraswati vīnā (luth à sept cordes), une flûte
traversière ou un violon pour la partie mélodique. L’accompagnement rythmique
est généralement assuré par trois instruments : un tambour mridangam ; un
ghatam (pot en terre cuite) et un kanjira (tambourin) auxquels se joint parfois
une guimbarde, le moorsing.
Le développement improvisé du rāga est interprété selon le
cyle rāgam - tānam - pallavi :
-
le rāgam ou alapana, est une longue introduction non
métrée présentant les notes et le sentiment.
-
Le tanam est une exploration rythmique du rāga sans
percussion. Il s'agit d'une improvisation plus rythmée et structurée.
-
Le pallavi présente généralement un thème ou une ligne mélodique
centrale qui se répète avec des variations tout au long de l'interprétation, avec
accompagnement percussif (tāla).
Rāgam Thanam
Pallavi (melakarta 22 : Kharaharapriya) avec Jayanthi Kumaresh au Saraswati vina
Rāga Charukesi avec Dr L Subramaniam au violon (26e
Mēḷakartā rāgam)
<iframe width="560"
height="315"
src="https://www.youtube.com/embed/IIMIFlE0MGE?si=uNDXqW8Fon_Ee4DD"
title="YouTube video player" frameborder="0"
allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media;
gyroscope; picture-in-picture; web-share"
referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin"
allowfullscreen></iframe>
https://youtu.be/IIMIFlE0MGE?si=YSCugtbsYt6Bvpom
Le charukesi est connu pour susciter des sentiments pathétiques et
de dévotion chez l'auditeur.
~
Un rāga se distingue par une ou plusieurs phrases-clefs ou
motifs (pakada) ainsi que par une sorte de micro-structure mélodique
appelée chalan (mouvement), sorte de « carte d’identité » du rāga
qui en résume le développement.
Les différences entre rāgas
hindustani et carnatique sont résumées dans ce tableau :
|
Éléments
|
Rāga hindoustani
|
Rāga carnatique
|
|
Système parent
|
10 ṭhāat
|
72 mēḷakartā
|
|
Structure
|
Flexible, évolutive
|
Très codifiée et stricte
|
|
Ornements
|
Glissandos subtils
|
shruti Gamaka codifiés
|
|
Développement
|
Long
développement progressif.
Improvisation
libre, lente, méditative.
|
Développement
plus structuré.
Improvisation
basée sur compositions & motifs.
|
|
Rythme
|
Tāla simple (tīntāl…)
|
Tāla et kannakol très
complexes
|
|
Expression
|
Méditative, progressive
|
Dévotion, rigueur technique
|
|
Transmission
|
Orale, variations
régionales
|
Orale, notation stable
|
En résumé, le rāga hindoustani privilégie la liberté
expressive, l’évolution progressive du rāga et l'improvisation méditative,
tandis que le système carnatique met l’accent sur la structure, la virtuosité
rythmique et la précision des motifs imposés.
Les rāga sont liés aux tāla, cycles rythmiques des plus
sophistiqués.
Le système rythmique : Tāla
Avec le rāga qui constitue la structure mélodique, le tāla
forme le cycle de vie et représente ainsi l'un des deux éléments fondamentaux
de la musique indienne.
Les tālas sont des structures rythmiques, sous forme de
cycles de rythmes.
Ces cycles qui comportent jusqu’à 108 battements doivent être
appris par cœur par le percussionniste afin de les utiliser correctement selon
le rāga exécuté, et pour suivre les improvisations du soliste.
Les rythmes les plus courants sont à 16, 14, 12, 10 ou 7 temps (aksharas).
Lorsque le musicien annonce le rāga qu'il va jouer, le tāla
est indiqué par son nom et le nombre de temps qui le définit.
Le
vibhāga désigne une division rythmique interne d’un cycle de
tāla.
Par
exemple, Dans le tāla tīntāl (16 temps) le cycle est divisé en 4
vibhāga de 4 temps chacun : 4 + 4 + 4 + 4.
Dans
la structure d’un vibhāga, le sam et le khālī sont deux repères
fondamentaux du cycle rythmique.
-
Le Sama est le premier temps du cycle rythmique (tāla). C’est le point le plus fort et le plus
important. Il marque souvent le début du premier vibhāga. Il est associé
au geste « clap » (paume frappée). Le vibhaga correspondant est noté
X.
-
Le Khālī est un
temps faible du cycle, souvent placé au début d’un vibhāga secondaire. Il
se distingue du sam et des autres « talis » (frappés) par un mouvement de vague
de la main (sans frappe). Son rôle est de marquer une absence d’accent et
donner une sensation de relâchement rythmique. Le vibhaga correspondant est
noté 0.
-
Le Tālī désigne
les temps forts, marqués par un claquement de mains,
En résumé, Le sama marque le premier vibhāga du cycle, le khālī
marque un autre vibhāga, celui où l’accentuation est vide. Les autres vibhāga
sont notés à partir de 2. Certaines sources indiquent que le tāla Rupak commence par le khālī,
ce qui en fait le seul tāla à présenter cette particularité.
La
musique hindoustani comporte de nombreux tālas, dont voici les
principaux :
|
Nom
|
Rythmes
|
Division
|
Vibhaga
|
|
Tintāl
|
16
|
4+4+4+4
|
X 2 0 3
|
|
Jhūmrā
|
14
|
3+4+3+4
|
X 2 0 3
|
|
Dhamār
|
14
|
5+2+3+4
|
X 2 0 3
|
|
Ektāl et Chautāla
|
12
|
2+2+2+2+2+2
|
X 0 2 0 3 4
|
|
Jhaptāl
|
10
|
2+3+2+3
|
X 2 0 3
|
|
Keherwa
|
8
|
4+4
|
X 0
|
|
Rūpak
|
7
|
3+2+2
|
X 2 3
ou 0 X 2
|
|
Dadra
|
6
|
3+3
|
X 0
|
Certains tālas, comme Dhamār, Ektāl, Jhūmrā
et Chautāla, se prêtent mieux aux tempos lents et moyens. D'autres
s'épanouissent à des vitesses plus rapides, tels que les tālas Jhaptāl
ou Rūpak. Le Tīntāl (ou Tritāl) est l'un des plus
populaires, car il est aussi esthétique aux tempos lents qu'aux tempos rapides.
Alors que la musique hindoustani reconnaît une grande variété de tālas,
la musique carnatique utilise une approche plus structurée et mathématique,
centrée sur 7 tālas fondamentaux, qui sont ensuite enrichis par des
variations rythmiques appelées jatis. (Voir détails en Annexe
2).
Bol et Konnakol
Les tālas sont enrichis par des bols dans le nord et
des konnakols dans le sud. Ce sont des systèmes d’onomatopées
correspondant aux frappes du tablā ou du mridangam.
Exemple de bol : Tīntāl (l’un des plus utilisés) 16
temps (4x4)
dha dhin dhin dha
dha dhin dhin dha
na tin tin na
dha dhin dhin dha
Dans le sud, le konnakol est un art à
part entière. Il repose sur la récitation précise du solkattu, un
ensemble de syllabes mnémotechniques permettant aux musiciens d'intérioriser et
de communiquer les motifs rythmiques complexes du tāla.
Ce système repose sur les phrases fondamentales suivantes :
|
1 temps : Thom
2 temps : Tha Ka
3 temps : Tha Ki Ta
4 temps : Tha Ka Dhi Mi
5 temps : Tha Dhi Gi Na Thom
|
A partir desquelles sont construites des structures plus
complexes, par exemple :
Tha Ka Dhi Mi Tha Ka (4+2), Tha Ka Tha Ki Ta Tha Dhi Gi Na Thom
(2+3+5)
Un des tālas les plus utilisé est l’ADI tāla (4+2+2)

Extrait du Rāga
Charukesi par Dr L Subramaniam & Kavita Krishnamurti
Dans la musique carnatique le tāla
est aussi indiqué visuellement à l’aide de gestes rythmiques de la main nommés tāla
kriya :

Extrait du rāga Chakkani
raja par Shri. Sikkil C. Gurucharan, chant.
Voir aussi : Darbar :
Qu’est-ce que le tāla ?
Darbar :
Konnakol
La musique et la danse
La relation indissociable entre la musique et la danse est exprimé
dans le Nātya-shāstra, texte fondateur
des arts du spectacle indiens, sous le terme de « Saṅgīta ».
La Saṅgīta est catégorisée comme un ensemble de trois savoirs
interdépendants : la gīta (musique vocale, chant), la vadya (musique
instrumentale) et la nritya (danse, mouvement) :
« La danse des personnages sur scène doit suivre le chant,
le chant doit suivre la musique instrumentale, et le tāla doit soutenir
les deux ».
Le Nātya-shāstra définit le concept de Rasa qui est une
expérience esthétique, un sentiment, qui doit être exprimé par la Sangita. Ces
rasas sont principalement au nombre de neuf :
1.
Shringara (Amour)
2. Hasya (Humour, la joie)
3. Karuna (La tristesse, la compassion)
4. Raudra (Colère)
5. Vira (Courage)
6. Bhayanaka (Peur)
7. Bibhatsa (Dégoût)
8. Adbhuta (Émerveillement)
9. Shanta (Le calme, la paix)
On distingue 8 formes de danse classique indienne :
Bharata natyam
Kathak
Kathakali
Odissi
Mohiniattam
Kuchipudi
Manipuri
Sattriya
Le Bharata natyam, originaire
du Sud-Est de l'Inde, du Tamil Nadu actuel, est l'une des plus anciennes danses
traditionnelles indiennes, liée aux pratiques religieuses dès son origine.
Le kathak a pour origine les bardes itinérants de
l'ancienne Inde du Nord, connus sous le nom de kathakar (« conteur »), qui
transmettaient des récits des épopées hindoues par la danse, le chant et la
musique.
Le Kathakali, littéralement «
représentation de contes », est un spectacle dont les épisodes sont exposés par
deux chanteurs, et interprétés et amplifiés par des acteurs à l'aide de
mimiques, de gestes et de mouvements qui relèvent de l'acrobatie et de la
danse.
https://youtu.be/R-0FaIM6SRU?si=JdKMzyEJ9vYmifIj&start=360
<iframe width="560"
height="315"
src="https://www.youtube.com/embed/R-0FaIM6SRU?si=lJ2XCqD_6S-fRGys&start=360"
title="YouTube video player" frameborder="0"
allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media;
gyroscope; picture-in-picture; web-share"
referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin"
allowfullscreen></iframe>
L'Odissi est l'une des danses indiennes classiques
réapparues au cours du 20e siècle et originaire de l'État d'Odisha.
C'est une danse proche des autres danses classiques de l'Inde du
sud telles que le bharatanatyam, le mohiniattam et le
kuchipudi, mais elle est caractérisée par des mouvements beaucoup plus
souples, des ondulations du buste, et l'utilisation de la position tribhang
dans laquelle la tête, les épaules et le bassin sont placés en ligne brisée.
https://youtu.be/X69dOnl_zKw?si=xtRJ4gkKqHLKw9SZ
Le Mohiniattam, littéralement «
danse de l’enchanteresse », est une danse sacrée pratiquée dans le sud-ouest de
l'Inde, principalement au Kerala. Le mohiniattam se caractérise par des
mouvements amples et délicats, et des gestes extrêmement gracieux de la tête et
des mains.
Le Kuchipudi, très similaire au
bharatanatyam, vient du village de Kuchipudi dans l'État de l'Andhra Pradesh
(sud de l'Inde), et est un symbole de la culture Telugu. C'est une forme de
danse théâtrale, les danseurs incarnant des personnages par le mime et les
expressions du visage.
Le Manipuri est originaire de
l'État de Manipur (nord-est de l'Inde). C'est une danse locale et
traditionnelle exécutée dans les temples.
La tenue des danseuses de manipuri constitue un élément à part
entière. Elles sont vêtues de voiles et d'une robe très large, en forme de
cylindre, sur laquelle sont posés de petits miroirs circulaires.
Le Sattriya est un genre de
théâtre dansé qui raconte des histoires mythiques et religieuses par le biais
des expressions des mains et du visage
Annexe 1
Correspondance des notes carnatiques et hindustani :
|
S
|
R1
|
R2=G1
|
R3=G2
|
G3
|
M1
|
M2
|
P
|
D1
|
D2=N1
|
D3=N2
|
N3
|
|
Sa
|
re
|
re
|
ga
|
ga
|
ma
|
ma'
|
pa
|
dha
|
dha
|
ni
|
ni
|
Table des râgas mēḷakartā :
|
1. Indu Chakra
|
7. Rishi Chakra
|
|
1
|
Kanakangi
|
S R1 G1 M1 P D1
N1
|
37
|
Salagam
|
S R1 G1 M2 P D1
N1
|
|
2
|
Ratnangi
|
S R1 G1 M1 P D1
N2
|
38
|
Jalarnavam
|
S R1 G1 M2 P D1
N2
|
|
3
|
Ganamoorti
|
S R1 G1 M1 P D1
N3
|
39
|
Jhalavarali
|
S R1 G1 M2 P D1
N3
|
|
4
|
Vanaspati
|
S R1 G1 M1 P D2
N2
|
40
|
Navaneetam
|
S R1 G1 M2 P D2
N2
|
|
5
|
Manavati
|
S R1 G1 M1 P D2
N3
|
41
|
Pavani
|
S R1 G1 M2 P D2
N3
|
|
6
|
Tanarupi
|
S R1 G1 M1 P D3
N3
|
42
|
Raghupriya
|
S R1 G1 M2 P D3
N3
|
|
2. Netra Chakra
|
8. Vasu Chakra
|
|
7
|
Senavati
|
S R1 G2 M1 P D1
N1
|
43
|
Gavambodhi
|
S R1 G2 M2 P D1
N1
|
|
8
|
Hanumatodi
|
S R1 G2 M1 P D1
N2
|
44
|
Bhavapriya
|
S R1 G2 M2 P D1
N2
|
|
9
|
Dhenuka
|
S R1 G2 M1 P D1
N3
|
45
|
Subhapantuvarali
|
S R1 G2 M2 P D1
N3
|
|
10
|
Natakapriya
|
S R1 G2 M1 P D2
N2
|
46
|
Shadvidhamargini
|
S R1 G2 M2 P D2
N2
|
|
11
|
Kokilapriya
|
S R1 G2 M1 P D2
N3
|
47
|
Suvarnangi
|
S R1 G2 M2 P D2
N3
|
|
12
|
Roopavati
|
S R1 G2 M1 P D3
N3
|
48
|
Divyamani
|
S R1 G2 M2 P D3
N3
|
|
3. Agni Chakra
|
9. Brahma Chakra
|
|
13
|
Gayakapriya
|
S R1 G3 M1 P D1
N1
|
49
|
Dhavalambari
|
S R1 G3 M2 P D1
N1
|
|
14
|
Vakulabharanam
|
S R1 G3 M1 P D1
N2
|
50
|
Namanarayani
|
S R1 G3 M2 P D1
N2
|
|
15
|
Mayamalavagoulam
|
S R1 G3 M1 P D1
N3
|
51
|
Kamavardhini
|
S R1 G3 M2 P D1
N3
|
|
16
|
Chakravakam
|
S R1 G3 M1 P D2
N2
|
52
|
Ramapriya
|
S R1 G3 M2 P D2
N2
|
|
17
|
Sooryakantam
|
S R1 G3 M1 P D2
N3
|
53
|
Gamanasrama
|
S R1 G3 M2 P D2
N3
|
|
18
|
Hatakambari
|
S R1 G3 M1 P D3
N3
|
54
|
Viswambhari
|
S R1 G3 M2 P D3
N3
|
|
4. Veda Chakra
|
10. Disi Chakra
|
|
19
|
Jhankaradhwani
|
S R2 G2 M1 P D1
N1
|
55
|
Syamalangi
|
S R2 G2 M2 P D1
N1
|
|
20
|
Natabhairavi
|
S R2 G2 M1 P D1
N2
|
56
|
Shanmukhapriya
|
S R2 G2 M2 P D1
N2
|
|
21
|
Keeravani
|
S R2 G2 M1 P D1
N3
|
57
|
Simhendramadhyamam
|
S R2 G2 M2 P D1
N3
|
|
22
|
Kharaharapriya
|
S R2 G2 M1 P D2
N2
|
58
|
Hemavati
|
S R2 G2 M2 P D2
N2
|
|
23
|
Gourimanohari
|
S R2 G2 M1 P D2
N3
|
59
|
Dharamavati
|
S R2 G2 M2 P D2
N3
|
|
24
|
Varunapriya
|
S R2 G2 M1 P D3
N3
|
60
|
Neetimati
|
S R2 G2 M2 P D3
N3
|
|
5. Bana Chakra
|
11. Rudra Chakra
|
|
25
|
Mararanjani
|
S R2 G3 M1 P D1
N1
|
61
|
Kantamani
|
S R2 G3 M2 P D1
N1
|
|
26
|
Charukesi
|
S R2 G3 M1 P D1
N2
|
62
|
Rishabhapriya
|
S R2 G3 M2 P D1
N2
|
|
27
|
Sarasangi
|
S R2 G3 M1 P D1
N3
|
63
|
Latangi
|
S R2 G3 M2 P D1
N3
|
|
28
|
Harikambhoji
|
S R2 G3 M1 P D2
N2
|
64
|
Vachaspati
|
S R2 G3 M2 P D2
N2
|
|
29
|
Dheerasankarabharanam
|
S R2 G3 M1 P D2
N3
|
65
|
Mechakalyani
|
S R2 G3 M2 P D2
N3
|
|
30
|
Naganandini
|
S R2 G3 M1 P D3
N3
|
66
|
Chitrambhari
|
S R2 G3 M2 P D3
N3
|
|
6. Ritu Chakra
|
12. Aditya Chakra
|
|
31
|
Yagapriya
|
S R3 G3 M1 P D1
N1
|
67
|
Sucharitra
|
S R3 G3 M2 P D1
N1
|
|
32
|
Ragavardhini
|
S R3 G3 M1 P D1
N2
|
68
|
Jyotiswarupini
|
S R3 G3 M2 P D1
N2
|
|
33
|
Gangeyabhusani
|
S R3 G3 M1 P D1
N3
|
69
|
Dhatuvardhini
|
S R3 G3 M2 P D1
N3
|
|
34
|
Vagadheeswari
|
S R3 G3 M1 P D2
N2
|
70
|
Nasikabhusani
|
S R3 G3 M2 P D2
N2
|
|
35
|
Sulini
|
S R3 G3 M1 P D2
N3
|
71
|
Kosalam
|
S R3 G3 M2 P D2
N3
|
|
36
|
Chalanata
|
S R3 G3 M1 P D3
N3
|
72
|
Rasikapriya
|
S R3 G3 M2 P D3
N3
|
Annexe 2
Le tāla dans la musique carnatique
En
musique carnatique, le tāla désigne le cycle rythmique qui structure une
composition. Alors que la musique hindoustani (du nord de l'Inde) reconnaît une
grande variété de tālas, la musique carnatique utilise une approche plus
structurée et mathématique, centrée sur 7 tālas fondamentaux, qui sont
ensuite enrichis par des variations rythmiques appelées jatis.
Le
système des tālas fondamentaux
Il
existe 7 tālas principaux, et chacun peut être décliné en 5 jatis, ce qui
donne un total de 35 tālas. Historiquement, certains textes mentionnaient
108 tālas, mais dans la pratique moderne, l'attention s'est portée sur ces
schémas fondamentaux.
Chaque
tāla comporte différentes sections (angas) composées d'unités rythmiques
comme laghu, dhrutam et anudhrutam.
|
Les 7 Tālas de base
|
Les unités rythmiques
|
|
Nom
|
Structure
|
Nom
|
Symbole
|
Nombre de temps
|
|
Dhruva
Matia
Rupaka
Jhampa
Triputa
Ata
Éka
|
IOII
IOI
OI
IUO
IOO
IIOO
I
|
Anudhrutam
|
U
|
1
|
|
Dhrutam
|
O
|
2
|
|
Laghu
|
I
|
3 à 9 selon Jathi
|
Des
symboles plus étendus comme guru (8 temps), pluta (12 temps) et kakapada (16
temps) existent dans les textes anciens, mais sont rarement utilisés dans les
compositions contemporaines.
Jatis
– Les subdivisions de Laghu
La
longueur de l'unité laghu varie en fonction du jati (subdivision). Voici
comment les 5 jatis définissent le nombre de battements dans un laghu :
|
Jati
|
Nombre de temps dans Laghu
|
|
Tisra
|
3
|
|
Chatusra
|
4
|
|
Khanda
|
5
|
|
Misra
|
7
|
|
Sankirna
|
9
|
En
combinant ces jatis avec les 7 tālas, on obtient 35 tālas uniques.
Par exemple, le tāla Dhruva en jati Tisra devient un tāla de 11 temps
: 3 + 2 + 3 + 3 = 11.
|
Tāla
|
Sections
|
Notation
|
Tisra
|
Chatusra
|
Khanda
|
Misra
|
Sankirna
|
|
Dhruva
|
4
|
IOII
|
11
|
14
|
17
|
23
|
29
|
|
Matia
|
3
|
IOI
|
8
|
10
|
12
|
16
|
20
|
|
Rupaka
|
2
|
OI
|
5
|
6
|
7
|
9
|
11
|
|
Jhampa
|
3
|
IUO
|
6
|
7
|
8
|
10
|
12
|
|
Triputa
|
3
|
IOO
|
7
|
8
|
9
|
11
|
13
|
|
Ata
|
4
|
IIOO
|
10
|
12
|
14
|
18
|
22
|
|
Éka
|
1
|
I
|
3
|
4
|
5
|
7
|
9
|
|