<


Sommaire de ce chapitre

 

Introduction

Les notes : Svara

Les modes musicaux : thaats, mēḷakartā

Le cadre mélodique : Rāga

Le système rythmique : Tāla

La musique et la danse

Annexe 1 : Table des rāga mēḷakartā

Annexe 2 : Le tāla dans la musique carnatique

 

 

Introduction

 

C’est en 1909 que Vishnu Narayan Bhātkhande inventa le système de notation musicale hindustani dans son livre intitulé Shri Mallakshaya Sangeetam (Harold, 2001).

 

 

 

 

 

Les notes : Svara

 

Comme en occident, la gamme indienne est composée de 12 notes (les svaras), qui peuvent être rapportées aux sept notes de la gamme occidentale et de leurs altérations.

La gamme indienne est souvent ponctuée d’ornements appelés Alankāra (glissandos, oscillations …). Ces inflexions peuvent être fixées par les règles d’un rāga particulier ou selon l’inspiration du musicien.

De plus l’écart entre les notes n’est pas toujours le même. Cette déviation par rapport à la gamme naturelle s’appelle gamaka.

Cet aspect particulier de la musique indienne est, selon les spécialistes, le principe fondamental de l’exécution des rāgas.

 

Notation hindustani

Comme en occident, la gamme est composée de 7 notes (les svaras) sa re ga ma pa dha ni, qui peuvent être rapportées aux sept notes de la gamme occidentale do ré mi fa sol la si, ainsi que 5 altérations (bémols notés  et dièses notés ’), résultant en une échelle de 12 notes. L'ensemble des notes jouables (svaras) par le musicien est :

sa re re ga ga ma ma' pa dha dha ni ni

L’ordre ascendant de la gamme (sa re ga ma pa dha ni) se nomme āroha et l’ordre descendant (sa ni dha pa ma ga re) avāroha.

Il existe trois octaves : un grave, un médium, un aigu. Les notes de chacune peuvent être repérées par un chiffre (1,2 ou 3) ou par un point au-dessous de la note pour l’octave inférieure et un point au-dessus pour l’octave supérieure.

Contrairement à la musique occidentale ou la fréquence de chaque note est définie par rapport au la=440Hz, dans la musique indienne, l’exécutant fixe lui-même la position du sa et accorde son instrument à partir de cette note dont il a décidé de la fréquence.

La gamme comprend aussi des shrutis (micro-tons). Ces shrutis sont au nombre de 22 entre deux octaves et se répartissent comme suit :

Sa:4 shrutis,  re:3,  ga:2, ma:4 pa :4, dha :3, ni :2.

 

Notation carnatique

La notation carnatique est différente de la notation hindustani :

 

Svara

(nom de la note)

Abréviation

Notation

Mnémonique

Demi-tons

depuis  Sa

Ṣaḍjam

Sa

S

sa

0

Śuddha R̥ṣabham

Ri

R₁

ra

1

Catuśruti R̥ṣabham

Ri

R₂

ri

2

Śuddha Gāndhāram

Ga

G₁

ga

Ṣaṭśruti R̥ṣabham

Ri

R₃

ru

3

Sādhāraṇa Gāndhāram

Ga

G₂

gi

Antara Gāndhāram

Ga

G₃

gu

4

Śuddha Madhyamam

Ma

M₁

ma

5

Prati Madhyamam

Ma

M₂

mi

6

Pañcamam

Pa

P

pa

7

Śuddha Dhaivatam

Dha

D₁

dha

8

Catuśruti Dhaivatam

Dha

D₂

dhi

9

Śuddha Niṣādam

Ni

N₁

na

Ṣaṭśruti Dhaivata)

Dha

D₃

dhu

10

Kaiśikī Niṣādam

Ni

N₂

ni

Kākalī Niṣādam

Ni

N₃

nu

11

 

La correspondance avec les notes hindustani est la suivante :

 

S

R1

R2=G1

R3=G2

G3

M1

M2

P

D1

D2=N1

D3=N2

N3

Sa

re

re

ga

ga

ma

ma'

pa

dha

dha

ni

ni

 

 

 

 

Les modes musicaux : thāats, mēḷakartā

 

 

Thāat

Le « ṭhāat » est un concept essentiel de la musique classique hindoustani, servant de cadre à la compréhension de l'organisation des rāgas.  C’est en quelque sorte l’équivalent des modes musicaux de la musique contemporaine occidentale.

Le « ṭhāat » représente un ensemble de sept notes (svara), qui constituent la base de diverses structures mélodiques. Il existe dix ṭhāats principaux, chacun étant défini par son arrangement unique de notes, à la fois Ṥuddha (naturelles) et vikrut (altérées).

 

Un ṭhāat, est défini par les règles suivantes :

Il doit comporter 7 des 12 svaras utilisés dans la musique hindoustani.

Il ne peut être composé que d'une gamme ascendante, ou āroha.

Il ne peut pas avoir deux versions de la même note, c’est-à-dire une note naturelle et la même note altérée.

Exemples de thāats :

 

Les 10 ṭhāats de la musique d’Inde du nord sont les suivants :

 

Bilawal :

SA RE GA MA PA DHA NI ṠA

Kalyan :

SA RE GA MA' PA DHA NI ṠA

Khammaj :

SA RE GA MA PA DHA NI ṠA

Bhairav :

SA RE GA MA PA DHA NI ṠA

Kafi :

SA RE GA MA PA DHA NI ṠA

Marva :

SA RE GA MA' PA DHA NI ṠA

Asavari :

SA RE GA MA PA DHA NI ṠA

Puravi :

SA RE GA MA' PA DHA NI ṠA

Bhairavi :

SA RE GA MA PA DHA NI ṠA

Todi :

SA RE GA MA' PA DHA NI ṠA

 

 

Le concept de ṭhāat n'est pas exactement équivalent à l'échelle musicale occidentale, car sa fonction première n'est pas d'être un outil de composition musicale, mais plutôt de servir de base à la classification des rāgas.

 

 

Mēḷakartā :

Les mēḷakartā (ou rāga mēḷakartā) sont en quelque sorte l’équivalent, pour la musique carnatique, des ṭhāats du système hindustani. Ils sont au nombre de 72 et définissent les rāgas de « base » à partir desquels dérivent tous les autres rāgas.  Néanmoins, ils ont des règles différentes :

Les mēḷakartā sont construits comme suit :

-         Un mēḷakartā comporte 7 notes, aussi bien dans sa forme ascendante (āroha) et descendante (avāroha).

-         Parmi les 12 demi-tons de l'octave, un mēḷakartā doit comporter obligatoirement S et P, un des M, deux des R et G, et deux de D et N. De plus, R doit nécessairement précéder G, et D doit nécessairement précéder N.

-         Les notes sont dans l’ordre des fréquences croissantes à l’āroha et dans l’ordre des fréquence décroissantes à l’avāroha.

-         Toutes les notes doivent appartenir à la même octave à l’āroha et à l’avāroha.

On trouvera la liste des mēḷakartās en annexe 1.

 

 

 

 

Le cadre mélodique : Rāga

 

La musique indienne savante, extrêmement raffinée, est basée sur les systèmes de rāga.

Le rāga est, selon les textes anciens, « une composition sonore formée de mouvements mélodiques qui a pour effet de colorer le cœur des hommes ». C’est le fondement mélodique de la musique classique indienne, tant dans la tradition hindoustani que carnatique.

 

En musique hindustani

Le système de la musique classique indienne d’abord développé par Śāraṅgadeva dans le Sangita-ratnakara au 13e siècle, est standardisé au début du 20e siècle par le musicologue Vishnu Narayan Bhātkhaṇde.

Celui-ci classe les rāgas parmi dix grandes familles (les ṭhāats), et les caractérise par :

1)   Un nombre de notes (svara) qui le constitue.

Un rāga est composé d’au minimum 5 notes prises dans l’un des 10 ṭhāats. Le nom des rāgas dérive du mode dont ils sont extraits. Par exemple le rāga Puriya-Kalyan est basé sur le ṭhāat Khalyan Sa Re Ga Ma’ Pa Dha Ni dont il utilise seulement 6 notes Sa Re Ga Ma’ Dha Ni.

2)  Une échelle ascendante (āroha) et descendante (avāroha) utilisant les notes choisies dans le ṭhāat correspondant, pouvant s’étendre sur les 3 octaves, les deux échelles pouvant avoir des notes différentes.

Lorsqu’un rāga possède les sept mêmes notes de la gamme dans ces deux échelles, il est dit « complet » (sampūrṇa). Il existe de nombreux rāgas qui possèdent un nombre différent de notes dans leurs échelles ascendantes et descendantes, d’autres où une ou plusieurs notes sont omises dans l’échelle ascendante. Ces rāgas sont appelés « composés » ou « mélangés » (mishra).

Deux rāga peuvent utiliser les mêmes svara mais se distinguer par leur āroha et avāroha.

3)   Deux notes dominantes (vādī/samvādī) sur lesquelles débutent ou prennent fin de nombreuses lignes mélodiques.

« Le vādī est cette note qui résonne clairement encore et encore, la note prédominante d’un rāga. Le samvādī est décrit comme une note utilisée moins fréquemment que le vādī mais plus souvent que les autres note d’un rāga. » (Bhātkhaṇde).

La note principale est tenue en bourdon tout le long de l'improvisation.

Les autres svara d’un rāga sont nommés anuvādī.

4)   Un motif, un mouvement ou une progression mélodique qui lui sont spécifiques (pakada). Exemple : Ga Ma Ga Re Sa.

5)   Un tétracorde à privilégier pour les développements mélodiques, soit le premier tétracorde du ṭhāat (entre Sa et Ma) nommé pūrvāṅga, soit le deuxième tétracorde (entre Pa et Ṡa) nommé uttarāṅga.

6)   Le moment de la journée propice à son interprétation (samay).

Les rāgas se définissent d’abord en fonction du moment de la journée où ils doivent être joués. Selon Bhātkhaṇde les rāgas ayant leur vādī situé dans le premier tétracorde (pūrvāṅga) sont interprétés entre minuit et midi et ceux qui ont leur vādī dans le deuxième tétracorde (uttarāṅga) sont interprétés entre midi et minuit. Par ailleurs, Bhātkhaṇde précise la période du jour ou de la nuit en divisant les rāgas en trois groupes sur la base de leur ṭhāat.

Outre ces caractéristiques, un rāga se veut avant tout l’expression d’une humeur, d’un sentiment (rasas). Parmi les 9 rasas que compte la pensée indienne, 6 rasas sont traditionnellement exprimés en musique :

-   Sringara

Amour romantique, joie

-   Karuna

Compassion, tristesse

-   Vîra

Héroïsme, vaillance, bravoure

-   Hasya

Humour, joie

-   Shanta

Paix, calme

-   Bhakti

Dévotion

 

L’exécution d’un rāga hindustani

L’exécution d’un rāga peut durer plusieurs dizaines de minutes voire plusieurs heures dans des cas exceptionnels. Elle se découpe en 3 étapes :

-         Ālāp : C’est une longue et lente introduction improvisée par l’instrument mélodique soutenu par le tanpura, destinée à bien installer la couleur du rāga.

-         Jor : Le thème principal apparaît avec l’entrée de la percussion sur un rythme de base qui s’accélère, et une longue improvisation aux subtiles variations.

-         Jhāla : C’est le mouvement final pendant lequel le rythme s’accélère et atteint au paroxysme dans une envolée virtuose.

 

Le rāga est souvent interprété par trois musiciens : le premier pour la mélodie, un second pour le bourdon (joué au tanpūrā) et le troisième à la percussion, dans l’exemple ci-dessous : sitar, tanpūrā, tablā.

 

Rāga Desh khamaj par Ravi Shankar (sitar) et Alla Rakha (tablā) en 1968 

 

Un dhun (littéralement « mélodie ») est une pièce instrumentale légère de la musique classique hindoustani. Bien qu'il puisse être joué dans un rāga (souvent des rāgas légers comme le Khamaj), son interprétation est plus libre et il peut incorporer des notes étrangères (vivādi)

 

Dhun Rāga Bhairavi par Rajendra et Rishab Prasanna, bansuri et Samar Saha, Tablā.

 

 

 

En musique carnatique :

Le rāga carnatique diffère du rāga hindustani par de nombreuses règles.

Tout d’abord par le système parent qui consiste en 72 rāga mēḷakartā à la place des 10 ṭhāats. Un rāga qui partage la même gamme qu'un rāga mēḷakartā ou qui est basé sur un sous-ensemble d'un rāga mēḷakartā est dénommé son janya (c'est-à-dire né ou dérivé de). Chaque rāga est le janya d'un rāga mēḷakartā.

 

L’exécution d’un rāga carnatique

L’ensemble instrumental d’un rāga carnatique comprend généralement une Saraswati vīnā (luth à sept cordes), une flûte traversière ou un violon pour la partie mélodique. L’accompagnement rythmique est généralement assuré par trois instruments : un tambour mridangam ; un ghatam (pot en terre cuite) et un kanjira (tambourin) auxquels se joint parfois une guimbarde, le moorsing.

 

Le développement improvisé du rāga est interprété selon le cyle rāgam - tānam - pallavi :

-   le rāgam ou alapana, est une longue introduction non métrée présentant les notes et le sentiment.  

-   Le tanam est une exploration rythmique du rāga sans percussion. Il s'agit d'une improvisation plus rythmée et structurée.

-   Le pallavi présente généralement un thème ou une ligne mélodique centrale qui se répète avec des variations tout au long de l'interprétation, avec accompagnement percussif (tāla).

 

Rāgam Thanam Pallavi (melakarta 22 : Kharaharapriya)
avec Jayanthi Kumaresh au Saraswati vina

 

Rāga Charukesi avec Dr L Subramaniam au violon  (26e Mēḷakartā rāgam)

<iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/IIMIFlE0MGE?si=uNDXqW8Fon_Ee4DD" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>

https://youtu.be/IIMIFlE0MGE?si=YSCugtbsYt6Bvpom

Le charukesi est connu pour susciter des sentiments pathétiques et de dévotion chez l'auditeur.

~

Un rāga se distingue par une ou plusieurs phrases-clefs ou motifs (pakada) ainsi que par une sorte de micro-structure mélodique appelée chalan (mouvement), sorte de « carte d’identité » du rāga qui en résume le développement.

 

Les différences entre rāgas hindustani et carnatique sont résumées dans ce tableau :

 

Éléments

Rāga hindoustani

Rāga carnatique

Système parent

10 ṭhāat

72 mēḷakartā

Structure

Flexible, évolutive

Très codifiée et stricte

Ornements

Glissandos subtils

shruti Gamaka codifiés

Développement

Long développement progressif.

Improvisation libre, lente, méditative.

Développement plus structuré.

 

Improvisation basée sur compositions & motifs.

Rythme

Tāla simple (tīntāl…)

Tāla et kannakol très complexes

Expression

Méditative, progressive

Dévotion, rigueur technique

Transmission

Orale, variations régionales

Orale, notation stable

 

En résumé, le rāga hindoustani privilégie la liberté expressive, l’évolution progressive du rāga et l'improvisation méditative, tandis que le système carnatique met l’accent sur la structure, la virtuosité rythmique et la précision des motifs imposés.

 

Les rāga sont liés aux tāla, cycles rythmiques des plus sophistiqués.

 

 

 

 

Le système rythmique : Tāla

 

Avec le rāga qui constitue la structure mélodique, le tāla forme le cycle de vie et représente ainsi l'un des deux éléments fondamentaux de la musique indienne.

Les tālas sont des structures rythmiques, sous forme de cycles de rythmes.

Ces cycles qui comportent jusqu’à 108 battements doivent être appris par cœur par le percussionniste afin de les utiliser correctement selon le rāga exécuté, et pour suivre les improvisations du soliste.

Les rythmes les plus courants sont à 16, 14, 12, 10 ou 7 temps (aksharas).

Lorsque le musicien annonce le rāga qu'il va jouer, le tāla est indiqué par son nom et le nombre de temps qui le définit.

 

Le vibhāga désigne une division rythmique interne d’un cycle de tāla.

Par exemple, Dans le tāla tīntāl (16 temps) le cycle est divisé en 4 vibhāga de 4 temps chacun : 4 + 4 + 4 + 4.

Dans la structure d’un vibhāga, le sam et le khālī sont deux repères fondamentaux du cycle rythmique.

-   Le Sama est le premier temps du cycle rythmique (tāla). C’est le point le plus fort et le plus important. Il marque souvent le début du premier vibhāga. Il est associé au geste « clap » (paume frappée). Le vibhaga correspondant est noté X.

-   Le Khālī est un temps faible du cycle, souvent placé au début d’un vibhāga secondaire. Il se distingue du sam et des autres « talis » (frappés) par un mouvement de vague de la main (sans frappe). Son rôle est de marquer une absence d’accent et donner une sensation de relâchement rythmique. Le vibhaga correspondant est noté 0.

-   Le Tālī désigne les temps forts, marqués par un claquement de mains,

En résumé, Le sama marque le premier vibhāga du cycle, le khālī marque un autre vibhāga, celui où l’accentuation est vide. Les autres vibhāga sont notés à partir de 2. Certaines sources indiquent que le tāla Rupak commence par le khālī, ce qui en fait le seul tāla à présenter cette particularité.

 

La musique hindoustani comporte de nombreux tālas, dont voici les principaux :

 

Nom

Rythmes

Division

Vibhaga

Tintāl

16

4+4+4+4

X 2 0 3

Jhūmrā

14

3+4+3+4

X 2 0 3

Dhamār

14

5+2+3+4

X 2 0 3

Ektāl et Chautāla

12

2+2+2+2+2+2

X 0 2 0 3 4

Jhaptāl

10

2+3+2+3

X 2 0 3

Keherwa

8

4+4

X 0

Rūpak

7

3+2+2

X 2 3

ou  0 X 2

Dadra

6

3+3

X 0

 

Certains tālas, comme Dhamār, Ektāl, Jhūmrā et Chautāla, se prêtent mieux aux tempos lents et moyens. D'autres s'épanouissent à des vitesses plus rapides, tels que les tālas Jhaptāl ou Rūpak. Le Tīntāl (ou Tritāl) est l'un des plus populaires, car il est aussi esthétique aux tempos lents qu'aux tempos rapides.

 

Alors que la musique hindoustani reconnaît une grande variété de tālas, la musique carnatique utilise une approche plus structurée et mathématique, centrée sur 7 tālas fondamentaux, qui sont ensuite enrichis par des variations rythmiques appelées jatis. (Voir détails en Annexe 2).

 

 

Bol et Konnakol

Les tālas sont enrichis par des bols dans le nord et des konnakols dans le sud. Ce sont des systèmes d’onomatopées correspondant aux frappes du tablā ou du mridangam.

Exemple de bol : Tīntāl (l’un des plus utilisés) 16 temps (4x4)

dha dhin dhin dha

dha   dhin dhin dha

na     tin     tin     na

dha   dhin dhin dha

 

Dans le sud, le konnakol est un art à part entière. Il repose sur la récitation précise du solkattu, un ensemble de syllabes mnémotechniques permettant aux musiciens d'intérioriser et de communiquer les motifs rythmiques complexes du tāla.

 Ce système repose sur les phrases fondamentales suivantes :

1 temps :   Thom

2 temps :   Tha Ka

3 temps :   Tha Ki Ta

4 temps :   Tha Ka Dhi Mi

5 temps :   Tha Dhi Gi Na Thom

 

A partir desquelles sont construites des structures plus complexes, par exemple :

Tha Ka Dhi Mi Tha Ka (4+2), Tha Ka Tha Ki Ta Tha Dhi Gi Na Thom (2+3+5)

Un des tālas les plus utilisé est l’ADI tāla (4+2+2)

 

Extrait du Rāga Charukesi par Dr L Subramaniam & Kavita Krishnamurti

 

Dans la musique carnatique le tāla est aussi indiqué visuellement à l’aide de gestes rythmiques de la main nommés tāla kriya :

 

Extrait du rāga Chakkani raja par Shri. Sikkil C. Gurucharan, chant.

 

Voir aussi :         Darbar : Qu’est-ce que le tāla ?

                            Darbar :  Konnakol

 

 

 

 

La musique et la danse

 

La relation indissociable entre la musique et la danse est exprimé dans le Nātya-shāstra, texte fondateur des arts du spectacle indiens, sous le terme de « Saṅgīta ». La Saṅgīta est catégorisée comme un ensemble de trois savoirs interdépendants : la gīta (musique vocale, chant), la vadya (musique instrumentale) et la nritya (danse, mouvement) :

« La danse des personnages sur scène doit suivre le chant, le chant doit suivre la musique instrumentale, et le tāla doit soutenir les deux ».

Le Nātya-shāstra définit le concept de Rasa qui est une expérience esthétique, un sentiment, qui doit être exprimé par la Sangita. Ces rasas sont principalement au nombre de neuf :

1.    Shringara (Amour)

2. Hasya (Humour, la joie)

3. Karuna (La tristesse, la compassion)

4. Raudra (Colère)

5. Vira (Courage)

6. Bhayanaka (Peur)

7. Bibhatsa (Dégoût)

8. Adbhuta (Émerveillement)

9. Shanta (Le calme, la paix)

 

On distingue 8 formes de danse classique indienne :

Bharata natyam

Kathak

Kathakali

Odissi

Mohiniattam

Kuchipudi

Manipuri

Sattriya

 

Le Bharata natyam, originaire du Sud-Est de l'Inde, du Tamil Nadu actuel, est l'une des plus anciennes danses traditionnelles indiennes, liée aux pratiques religieuses dès son origine.

Bharatanatyam par Savitha Sastry

https://youtu.be/SgiLOzFQh14?si=i9RFgaKeU2SLZolI

 

Le kathak a pour origine les bardes itinérants de l'ancienne Inde du Nord, connus sous le nom de kathakar (« conteur »), qui transmettaient des récits des épopées hindoues par la danse, le chant et la musique.

Kathak Dance | Taal Dhamaar | Tanmoyee Chakraborty

https://youtu.be/UBYqv21c0Yk?si=SUrUbWeLjLt-YlG4

 

Tarana | Raag- Bahaar | Kathak | Tīntāl

https://youtu.be/QLEdIJeTNSs?si=_7TIHeAN3iXCZd8v

 

Le Kathakali, littéralement « représentation de contes », est un spectacle dont les épisodes sont exposés par deux chanteurs, et interprétés et amplifiés par des acteurs à l'aide de mimiques, de gestes et de mouvements qui relèvent de l'acrobatie et de la danse.

https://youtu.be/R-0FaIM6SRU?si=JdKMzyEJ9vYmifIj&amp;start=360

<iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/R-0FaIM6SRU?si=lJ2XCqD_6S-fRGys&amp;start=360" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>

 

L'Odissi est l'une des danses indiennes classiques réapparues au cours du 20e siècle et originaire de l'État d'Odisha.

C'est une danse proche des autres danses classiques de l'Inde du sud telles que le bharatanatyam, le mohiniattam et le kuchipudi, mais elle est caractérisée par des mouvements beaucoup plus souples, des ondulations du buste, et l'utilisation de la position tribhang dans laquelle la tête, les épaules et le bassin sont placés en ligne brisée.

https://youtu.be/X69dOnl_zKw?si=xtRJ4gkKqHLKw9SZ

 

Le Mohiniattam, littéralement « danse de l’enchanteresse », est une danse sacrée pratiquée dans le sud-ouest de l'Inde, principalement au Kerala. Le mohiniattam se caractérise par des mouvements amples et délicats, et des gestes extrêmement gracieux de la tête et des mains.

mohiniyatam padam [panimathi mukhi bale] bijusha prashobh

https://youtu.be/ItF69OVkyqI?si=Qqxr_C_oU6knSssC

 

Le Kuchipudi, très similaire au bharatanatyam, vient du village de Kuchipudi dans l'État de l'Andhra Pradesh (sud de l'Inde), et est un symbole de la culture Telugu. C'est une forme de danse théâtrale, les danseurs incarnant des personnages par le mime et les expressions du visage.

Krishna Shabdam: Kuchipudi by Sandhya Raju

https://youtu.be/YbRX_cdTap8?si=5dlmjIJuSO4jXnYB

 

Le Manipuri est originaire de l'État de Manipur (nord-est de l'Inde). C'est une danse locale et traditionnelle exécutée dans les temples.

La tenue des danseuses de manipuri constitue un élément à part entière. Elles sont vêtues de voiles et d'une robe très large, en forme de cylindre, sur laquelle sont posés de petits miroirs circulaires.

Vasant Ras, Manipuri performance by Bimbavati Devi

https://youtu.be/bCycWkfkUWY?si=QpsX6mzrAsaVTpMv

 

Le Sattriya est un genre de théâtre dansé qui raconte des histoires mythiques et religieuses par le biais des expressions des mains et du visage

Sattriya Dance by Shibangi Rattna BaruahDashavatar Nrittya

https://youtu.be/l_A-9zrQRzc?si=ABBCqhtV4X-7F3JN

 

Sattriya Dance - Krishnakshi Kashyap and Ramkrishna Talukdar in 2013

https://youtu.be/fSN0GKvP2qE?si=v5O6DF-18Lsxfmjj

 

 

 

 

Annexe 1

 

Correspondance des notes carnatiques et hindustani :

 

S

R1

R2=G1

R3=G2

G3

M1

M2

P

D1

D2=N1

D3=N2

N3

Sa

re

re

ga

ga

ma

ma'

pa

dha

dha

ni

ni

 

 

Table des râgas mēḷakartā :

 

1. Indu Chakra

7. Rishi Chakra

1

Kanakangi

S R1 G1 M1 P D1 N1

37

Salagam

S R1 G1 M2 P D1 N1

2

Ratnangi

S R1 G1 M1 P D1 N2

38

Jalarnavam

S R1 G1 M2 P D1 N2

3

Ganamoorti

S R1 G1 M1 P D1 N3

39

Jhalavarali

S R1 G1 M2 P D1 N3

4

Vanaspati

S R1 G1 M1 P D2 N2

40

Navaneetam

S R1 G1 M2 P D2 N2

5

Manavati

S R1 G1 M1 P D2 N3

41

Pavani

S R1 G1 M2 P D2 N3

6

Tanarupi

S R1 G1 M1 P D3 N3

42

Raghupriya

S R1 G1 M2 P D3 N3

2. Netra Chakra

8. Vasu Chakra

7

Senavati

S R1 G2 M1 P D1 N1

43

Gavambodhi

S R1 G2 M2 P D1 N1

8

Hanumatodi

S R1 G2 M1 P D1 N2

44

Bhavapriya

S R1 G2 M2 P D1 N2

9

Dhenuka

S R1 G2 M1 P D1 N3

45

Subhapantuvarali

S R1 G2 M2 P D1 N3

10

Natakapriya

S R1 G2 M1 P D2 N2

46

Shadvidhamargini

S R1 G2 M2 P D2 N2

11

Kokilapriya

S R1 G2 M1 P D2 N3

47

Suvarnangi

S R1 G2 M2 P D2 N3

12

Roopavati

S R1 G2 M1 P D3 N3

48

Divyamani

S R1 G2 M2 P D3 N3

3. Agni Chakra

9. Brahma Chakra

13

Gayakapriya

S R1 G3 M1 P D1 N1

49

Dhavalambari

S R1 G3 M2 P D1 N1

14

Vakulabharanam

S R1 G3 M1 P D1 N2

50

Namanarayani

S R1 G3 M2 P D1 N2

15

Mayamalavagoulam

S R1 G3 M1 P D1 N3

51

Kamavardhini

S R1 G3 M2 P D1 N3

16

Chakravakam

S R1 G3 M1 P D2 N2

52

Ramapriya

S R1 G3 M2 P D2 N2

17

Sooryakantam

S R1 G3 M1 P D2 N3

53

Gamanasrama

S R1 G3 M2 P D2 N3

18

Hatakambari

S R1 G3 M1 P D3 N3

54

Viswambhari

S R1 G3 M2 P D3 N3

4. Veda Chakra

10. Disi Chakra

19

Jhankaradhwani

S R2 G2 M1 P D1 N1

55

Syamalangi

S R2 G2 M2 P D1 N1

20

Natabhairavi

S R2 G2 M1 P D1 N2

56

Shanmukhapriya

S R2 G2 M2 P D1 N2

21

Keeravani

S R2 G2 M1 P D1 N3

57

Simhendramadhyamam

S R2 G2 M2 P D1 N3

22

Kharaharapriya

S R2 G2 M1 P D2 N2

58

Hemavati

S R2 G2 M2 P D2 N2

23

Gourimanohari

S R2 G2 M1 P D2 N3

59

Dharamavati

S R2 G2 M2 P D2 N3

24

Varunapriya

S R2 G2 M1 P D3 N3

60

Neetimati

S R2 G2 M2 P D3 N3

5. Bana Chakra

11. Rudra Chakra

25

Mararanjani

S R2 G3 M1 P D1 N1

61

Kantamani

S R2 G3 M2 P D1 N1

26

Charukesi

S R2 G3 M1 P D1 N2

62

Rishabhapriya

S R2 G3 M2 P D1 N2

27

Sarasangi

S R2 G3 M1 P D1 N3

63

Latangi

S R2 G3 M2 P D1 N3

28

Harikambhoji

S R2 G3 M1 P D2 N2

64

Vachaspati

S R2 G3 M2 P D2 N2

29

Dheerasankarabharanam

S R2 G3 M1 P D2 N3

65

Mechakalyani

S R2 G3 M2 P D2 N3

30

Naganandini

S R2 G3 M1 P D3 N3

66

Chitrambhari

S R2 G3 M2 P D3 N3

6. Ritu Chakra

12. Aditya Chakra

31

Yagapriya

S R3 G3 M1 P D1 N1

67

Sucharitra

S R3 G3 M2 P D1 N1

32

Ragavardhini

S R3 G3 M1 P D1 N2

68

Jyotiswarupini

S R3 G3 M2 P D1 N2

33

Gangeyabhusani

S R3 G3 M1 P D1 N3

69

Dhatuvardhini

S R3 G3 M2 P D1 N3

34

Vagadheeswari

S R3 G3 M1 P D2 N2

70

Nasikabhusani

S R3 G3 M2 P D2 N2

35

Sulini

S R3 G3 M1 P D2 N3

71

Kosalam

S R3 G3 M2 P D2 N3

36

Chalanata

S R3 G3 M1 P D3 N3

72

Rasikapriya

S R3 G3 M2 P D3 N3

 

 

 

 

Annexe 2

 

Le tāla dans la musique carnatique

En musique carnatique, le tāla désigne le cycle rythmique qui structure une composition. Alors que la musique hindoustani (du nord de l'Inde) reconnaît une grande variété de tālas, la musique carnatique utilise une approche plus structurée et mathématique, centrée sur 7 tālas fondamentaux, qui sont ensuite enrichis par des variations rythmiques appelées jatis.

 

Le système des tālas fondamentaux

Il existe 7 tālas principaux, et chacun peut être décliné en 5 jatis, ce qui donne un total de 35 tālas. Historiquement, certains textes mentionnaient 108 tālas, mais dans la pratique moderne, l'attention s'est portée sur ces schémas fondamentaux.

Chaque tāla comporte différentes sections (angas) composées d'unités rythmiques comme laghu, dhrutam et anudhrutam.

 

Les 7 Tālas de base

Les unités rythmiques

Nom

Structure

Nom

Symbole

Nombre de temps

Dhruva

Matia

Rupaka

Jhampa

Triputa

Ata

Éka

IOII

IOI

OI

IUO

IOO

IIOO

I

Anudhrutam

U

1

Dhrutam

O

2

Laghu

I

3 à 9 selon Jathi

Des symboles plus étendus comme guru (8 temps), pluta (12 temps) et kakapada (16 temps) existent dans les textes anciens, mais sont rarement utilisés dans les compositions contemporaines.

 

Jatis – Les subdivisions de Laghu

La longueur de l'unité laghu varie en fonction du jati (subdivision). Voici comment les 5 jatis définissent le nombre de battements dans un laghu :

 

Jati

Nombre de temps dans Laghu

Tisra

3

Chatusra

4

Khanda

5

Misra

7

Sankirna

9

 

 

 

En combinant ces jatis avec les 7 tālas, on obtient 35 tālas uniques. Par exemple, le tāla Dhruva en jati Tisra devient un tāla de 11 temps : 3 + 2 + 3 + 3 = 11.

 

Tāla

Sections

Notation

Tisra

Chatusra

Khanda

Misra

Sankirna

Dhruva

4

IOII

11

14

17

23

29

Matia

3

IOI

8

10

12

16

20

Rupaka

2

OI

5

6

7

9

11

Jhampa

3

IUO

6

7

8

10

12

Triputa

3

IOO

7

8

9

11

13

Ata

4

IIOO

10

12

14

18

22

Éka

1

I

3

4

5

7

9

 

 

 

 

 

 

 


©2026 JP Chorier : Introduction à la musique classique